Le cantonner à ses délires SM, c’est méconnaître son œuvre ou s’auto-satisfaire des vérités des autres car, qu’on le veuille ou non, il suffit de le lire, Houellebecq est un auteur génial de SF...hasard ou coïncidence d’ailleurs, sont-ce les deux lettres distinctives de SM et SF (renvoyant à l’identité sexuelle) qui entretiennent une réputation désastreuse de ses écrits, pornographiques pour les uns, dérangeants pour les autres, parqués dans la collection des pulsions animales, snobés quand ils ne sont pas censurés de la bande FM ? Si Houellebecq est un fervent provocateur en tous genres (Raël, luxures, salves contre l’Islam etc…), il est surtout un artiste cherchant à surprendre à chaque sortie, comme s’il se servait de ses controverses sulfureuses pour dégrafer ces étiquettes qu’on lui colle, comme s’il refusait les carcans, comme s’il exécrait la constance, comme s’il privilégiait le mouvement, la dynamique quelle qu’elle soit, comme s’il préférait le ternissement de son image à un immobilisme de qualité, comme s’il s’amusait à berner son monde, capable et coupable de positions simplistes qui tranchent avec la sagacité de ses textes, qui agacent, goguenard dans un isolement pathétique et autodestructeur, en apparence, dont il faut se méfier c’est bien connu. A la rigueur, on pourrait lui reprocher son nihilisme chronique s’il n’était pas en train de rédiger une constitution en s’identifiant à Rousseau ; Houellebecq est définitivement inclassable, ou alors, totalement mégalo.
« Les parages du vide » est un album majestueux, harmonieux. Il s’écoute d’un trait. C’est un rock littéraire gouleyant à siroter cul sec. Les textes viennent habituellement sur une musique, après la musique, mais Jean-Louis Aubert a fait l’inverse. Inspiré, il a composé sous la contrainte de textes sélectionnés, ses morceaux choisis. Les mélodies d’Aubert sont pourtant simples mais tapent dans le mille, tout s’enchaîne rapidement, comme par magie. L’album forme un tout étrange dont aucun morceau ne ressort. On en sort comme au réveil d’une soirée dont on ne se souvient de pas grand-chose, si ce n'est qu’elle était fantastique, on en sort heureux sans savoir pourquoi, impossible de fredonner un morceau, les neurones embrouillés d’endorphines, à part peut-être « l’enfant et le cerf-volant» pour son crescendo lyrique, l’ensemble étant de qualité égale et maximale, sans temps mort. Que des temps forts. Aubert est un mélodiste talentueux à qui il ne manquait que de grands textes.
Aubert et Houellebecq ou la rencontre improbable, en apparence toujours, l’un s’époumonant pour les enfoirés, l’autre gravitant autour de son nombril, sortent immensément grandis de cette association. On attend la suite. On rêvait réalité, désormais la possibilité d’une île qui serait ronde, où la lune serait blonde, prend du sens, le « sens du combat ».
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