Si le hasard t'emmène jusqu'ici, ne fuis point
Surfe et erre sans fin sur le blog du baladin
Smurfe dégingande-toi au sein du bal à daims
Avec imagination, Sans invitation
Ta religion est l'insubordination ?
Alors gausse-toi ici nul n'est bouffon
ni branque ni saltimbanque honnie soit sale ta banque
Juste des pions décidés à enfin décider
dans un bal laid où déambulent des daims
Manifestant leur insoumission avec dédain
LeonnicAsurgi@yahoo.fr


Juillaid 2014 – Le Patchwork des turpitudes

Il pleut. Le soleil a été déprogrammé de son Zénith. Encore la faute des intermittents qui se seraient donné le mot (bénévolement). Autant que faire se pleut. Des cordes, des lianes entremêlées dans cette jungle peuplée d’animaux aux abois qui vivent comme des chiens leur vie de chien, qui perdent leur sommeil dans cette chienlit, sur leur lit de mort, chienne de vie où les délateurs rivalisent de bassesse avec les profiteurs, logique puisque ce sont parfois les mêmes qui endossent les deux rôles. Oui, on veut tout savoir, mais pas pour dézigner des Coupables, juste pour dézinguer un Système, qui profite aux extrêmes, comblés, c’est tout de même un comble, aménageable.

Météo oblige, il faut quitter la France en juillaid 2014 pour nager dans le bonheur, pratiquer la nage libre, écouter distraitement « nage@ » (Najat) brasser du vent chaud, papillonner, se baigner, à minuit dans l’huile ou dans son jus, pour une deuxième cuisson en friteuse-made-in-France, à point, nommé, pour avoir la frite, ne plus subir ce torrent de boue par cascades, pour permettre à notre mémoire court terme de s’effriter, pour mieux affronter l’avenir, pour mieux défronter ces incultes effrontés et implorer le soleil de se manifester, d’imposer sa superbe, sa superbe violence, l’implorer de cramer les mauvaises herbes et zigouiller les idées parasites, afin de semer à nouveau sur cette terre brûlée et assainie.

Ouf ! Déjà à mi-parcours : mi-juillaid. Les bases se titillent en balbutiant et bégayant leur Bastille. Un truc de Ouf ! Août arrive. Gare aux aoûtats !

Jeux de lumière (Participation au concours "Et le jeu commença" organisé par les éditions cherche-midi)

Plus d’autre issue possible, ça devenait irrespirable. Il sauta en élastique dans l’obscurité la plus totale. Il s’attendait à une chute vertigineuse mais se cogna rapidement, il n’était pas sous vide même si l’atmosphère semblait protectrice. Ses jambes se dérobaient sous lui mais atténuèrent le choc lors de la collision. Il zigzaguait péniblement dans la pénombre d’un mouchoir de poche, engoncé, irrémédiablement attiré par ce trou noir dont il ne voyait pas la fin du tunnel, rétracté comme sous l’effet d’une camisole. Il était à bout, de course, de souffle, de nerfs mais pas au bout de ses peines. Il n’avançait plus. Le calvaire, le cauchemar des claustrophobes, il était bloqué. S’était-il égaré dans une impasse ? Il avait besoin de repères. Aucune information temporelle, il cherchait midi à quatorze heures. L’espace d’un instant, une opportunité se présenta. Un plongeon tête en avant pour sortir de l’état de siège, il paraît que c’est mieux ainsi. Démarrage en trombe, d’Eustache – il lui semblait s’être élancé du forum des Halles même si c’était totalement irrationnel -, une impulsion puissante le propulsa, le confronta à de violentes secousses, des perturbations, des trous d’air.
Il entendit des voix, des cris plutôt. Personne. Autour de lui, des parois flasques et visqueuses, douces, étouffantes. Il eut l’impression d’arrimer dans une mare sans canard, un trou gorgé d’eau, une piscine dans laquelle il pouvait barboter, patauger, glander. Mais non, manifestement, on en avait décidé autrement. Impossible de tenir en place dans ce parc à attractions multiples : on l’incitait à évacuer le bassin sur-le-champ. Ballotté, baladé, transbahuté d’un stand à l’autre, le voici désormais en haut d’un gigantesque toboggan indoor dans lequel il s’engouffra avant d’être à nouveau coincé. Depuis l’intérieur du tunnel, il percevait plus ou moins nettement des rais, des faisceaux de lumière intense. Deux soucoupes volantes vinrent le tirer d’affaire, le pressant de chaque côté du crâne pour l’attirer vers le bas. Toujours ces cris, des hurlements insupportables témoignant d’une douleur ou d’une peur intense, ceux d’une femme à l’agonie qui ne maitrisait plus ses émotions, dépassée par les événements. Et vint la délivrance. Il atterrit sur la table de travail au moment où l’élastique céda. Il s’époumona pour évacuer son trop plein de pression. Bienvenue sur Terre, un autre terrain de jeux aux règles encore plus confuses.

Etre arrivé là pourrait être un aboutissement si l’on considère le parcours du combattant du spermato fécondé, champion d’une tripotée d’autres zigotos, miraculé à l’issue d’une sélection de célestes ions, vainqueur de ce jeu de hasard. On a tous gagné au « Loto » une fois, une fois ne suffit donc pas.
Beaucoup s’écroulent dès la naissance, sans doute usés par leurs efforts intra utérins ou in vitro mal gérés et s’embourbent vite dans la glaise terrestre, pris dans les tourbillons de la vie, sans le loisir de dompter ses règles du jeu, sans loisirs, incapables de s’extraire de ces courants trop forts qui finissent par noyer, sans forces, sans énergie, sans aptitude à saisir les deuxièmes et nièmes chances, sans disposition à nos yeux alors qu’ils ne sont qu’indisposés.
Les autres gardent en eux des ambitions de vie intactes voire exponentielles, attisées par des forces mystérieuses. Peut-on considérer qu’ils sont protégés par le sort, tels des vainqueurs du « Millionnaire » qui ne se seraient pas grillés ? Et si la Vie n’était qu’un jeu démoniaque pour ceux qui auraient le loisir d’en rire ?

Le jeu commence dès la fécondation pour continuer ad vitam sous deux formes universelles : participer ou gagner. On peut s’abriter derrière son manque d’esprit de compétition pour masquer son manque de compétitivité. On peut taire ses ambitions de peur de connaître ses propres limites. On devient ainsi presque boutiste, l’adepte de la théorie des « si », le fervent apologiste de ces faillites où on a tous failli, l’ami idéal qui bouffe à tous les râteliers de l’insuffisance. On peut en revanche vouloir sortir du lot et déserter les chemins de la compromission pour ceux de la liberté. Les champs d’expression sont cultivables à l’infini de toutes les cultures et œuvres, on peut être l’Auteur de sa vie et de celle des autres, avec ou sans droits.

L’Auteur est un joueur au profil atypique. Il joue avec sa santé en fouillant au plus profond de lui-même une substance brute qu’il finit par exhiber après l’avoir sculptée, ciselée, autocensurée pour finir recalée, en substance. Il perfore, creuse l’insondable et parfois sa tombe, pour faire son trou. Il joue avec le feu, pompier pyromane volontaire au secours de ses proches qu’il immole de silences pour mieux s’isoler dans ses écrits, le double jeu au quotidien, sans tromperie physique sinon il s’agirait de triple jeu, on ne joue pas avec ça, c’est injouable. Il joue au plus fin, s’auto-érige intello quand il ne s’autoédite pas, répond du « tac o tac », sans se gratter en surface ni tirer à boulets rouge. Il prend de la hauteur, avec ou sans H, ne saisit pas toujours les perches qui lui sont tendues, taille les mots à la hache, même ceux qui fâchent, sans relâche, il cravache. Il joue parfois des coudes lors de concours pour lesquels il joue gros, surjoue, éclabousse jusqu’à l’implosion, le tout pour le tout, à qui gagne perd, il sort le grand jeu mais finit par ne plus jouer franc.

Quand la lumière jaillit, il faut se faire mousser et rester humble. Pour plaire, il s’éloigne de lui-même, il se trompe, n’est pas apprécié à sa juste valeur, à juste titre, il est catalogué, à plus d’un titre. La lumière se retire ensuite, l’abandonnant cramé au milieu de sa terre brûlée d’où il renaitra de ses cendres, peut-être, le jeu en vaut la chandelle, peut-on jouer cavalier seul, sans faire jouer, de concert, ses relations, sa clique, d’un bête clic, et sortir de l’ombre « illiko » ?

L’Auteur joue sa vie sur les mots, à quitte ou double.

En Short

En bref, puisque le Prix Pépin est un audacieux concours de Science-Fiction sous contrainte de taille, pour tailleurs de textes courts, de Shorts, compétition à l’image du règne de Pépin-le-Bref qui n’eut pas inventé le jeu de paume : en quête de légitimité littéraire stylo en paume. Certes, cette discipline nivelle les créations, moyenne les auteurs, c’est l’archétype de l’anti-écart-type car on ne peut pas y faire preuve de souffle, d’ailleurs écrire quelque chose de sensé en moins de 300 caractères relève nécessairement de la Science-Fiction (d’où certaines longueurs dans le règlement aux antipodes des contraintes qu’il impose), mais on s’amuse follement à y concourir, on se découvre l’âme d’un burineur armé d’une mécanique de précision, on se déleste de ce qui déborde, à tort ou à raison, on débarque ce qui fait couler le radeau, médusés, nano-technologues de notre état, d'âme, les femmes et les enfants d’abord ; pour ma part je me suis prêté à cette épreuve en dilettante et en Short (pour faire court, photo disponible sur demande), comme l’on prend une pause clopes rassérénante ou une bouffée d’air frais en région parisienne, bref avec un sentiment de culpabilité ludique, en focalisant sur la préservation d’un Jury sans doute adepte de zapping, en soumettant les 6 nano-textes suivants :

e-dating

- Jennifer !
- Kevin !
- Cent-deux ans !
- e-dem !
- Loisirs e-pop, e-vers, e-dés !
- En moins : e-vers, en plus : e-slam !
- Ex e-pie !
- e-deal e-deux ?
- Non, e-cônes !
- Ah !
- Compléments alimentaires Alpha !
- e-dem !
- Cancer !
- Euh…signe astrologique ?
- Oui !
- Ouf !
- Ouf toi-même e-dio ! Zyva !

***
Boucle infinie

Mon cerveau est bogué : mes idées s’entrechoquent. Pourtant on m’a greffé un microprocesseur dans le crâne. Avec un antivirus. Mon passé a été numérisé pour transfert de l’esprit. OK. Mémoire pleine. Pas de place pour les sentiments. Mon cerveau est bogué : mes idées s’entrechoquent…
***
Eureka

Elle se retourne et plonge ses yeux noirs dans les miens. C’est purement Physique. Malgré les interférences, la foule, l’inconnue a senti l’intensité de mon regard, force non quantifiée par la Physique, dont le rapport lève le voile et exhibe la beauté, telle celle qu’Archimède eut dévoilée.
***
Néanmoins

Si le douar est un village arabe, Douarnenez est celui où j’ai perdu mon nez en recherchant sur Gogol. Pas Google. Désarçonné, je le traque, muni d’un faux-nez, creux, un cache-misère, ce cache-nez au milieu de la figure. Vite ! Time is Money ! A vue de nez, rien. L’argent n’a pas d’odeur.
***
Pare-feux parfumés

D’un clic, je teste mon diffuseur d’odeurs dernier cri ; sans bruit, le code olfactif est bien transmis sur Internet. Arômes apaisants, relents putrides, tout y passe. Pas compliqué, il suffit d’être au parfum. On peut même laisser moult pare-feux gazer un peuple.
Comme en Apathie.
***
Prescription de vie d’ange

Stopper l’alimentation
Avaler chaque jour huit pilules génériques
Lancer le programme maintenance des fonctions digestives


- Docteur, tout un programme !
- Oui. Une vidange chaque mois, il faut faire tourner votre organisme à blanc, sous stimuli. C’est très courant à votre âge.

Golmardesque

27 Mai 1996, Roland Garros, Court numéro 7. Jérôme Golmard, 23 ans, défie Renzo Furlan, quart de finaliste à Roland l’année d’avant. En talent pur, Jérôme éclabousse le stade et les tribunes, j’y étais. Sa patte gauche décomplexée est incisive, il trouve des angles incroyables, perfore, assomme, éclate au grand jour et son adversaire. Jusqu’à la fin du 4ème set, il est la réincarnation d’un Leconte au sommet. Et puis, vient le moment fatidique, le coup de grâce, du sort ou de trop, le moment de conclure qui fait du tennis ce sport si particulier, une discipline où la victoire ne peut se concrétiser sans mental ni maîtrise de ses émotions ; on gagne au tennis contre soi-même avant d’éteindre son rival du jour. Pour vaincre, le tennisman doit gérer un terrible paradoxe, comme un homme d’Etat stresse son peuple pour l’emmener sur le chemin de la sérénité, de la confiance et de la croissance, le joueur se met une pression folle pour ne pas être crispé par l’enjeu, se concentre pour ne pas perdre sa lucidité, respire pour ne pas voir ses muscles se raidir, se mobilise pour ne pas saccader ses gestes, ne pas les ralentir de centièmes de secondes imperceptibles à l’œil nu mais qui enrayent les machines bien huilées jusqu’à la noyade.

Fin de 4ème set, à deux doigts de la performance, à deux points de la victoire, à deux balles, à deux reprises, à deux mains son revers, à deux pas chassés de nous, seul contre lui-même et Furlan, on commence à s’inquiéter, depuis quelques minutes Jérôme puise ses forces dans le public, nous sollicite, provoque les connivences, balaye les tribunes de ses yeux craintifs alors qu’il balayait les lignes de ses coups quelques minutes auparavant, tente d’attraper nos regards complices ; tous les spectateurs découvrent un joueur sensible, comprennent que Jérôme a besoin d’aide, qu’il ne triomphera pas si on ne lui insuffle pas suffisamment d’énergie, d’Essence. Et il cala ce jour-là, mais cette défaite lança une carrière très honorable, jalonnée de coups d’éclat comme sa victoire en 1999 contre Carlos Moya, alors 2ème mondial, lors de laquelle il exhiba toute sa panoplie de coups et un mental exceptionnel pour aligner 9 jeux de rang ; c’est au moment où il était à l’agonie, au bord du gouffre, près de la défaite, qu’il fut animé d’un sursaut aussi salvateur que miraculeux qu’on appelle communément dans le tennis « l’énergie de désespoir », dont certains extraits sont visibles ici pour les amateurs de beau jeu.


Tous lui succombèrent au moins une fois : le grand Agassi alors numéro 1, Courier, Ferreira, Henman, Moya, Corretja, Rios ; Sampras parvint lui à canaliser sa fougue à Bercy après une superbe lutte à couteaux tirés. Sans flagornerie, on peut considérer que Jérôme fut un des meilleurs joueurs du monde au prorata temporis puisqu’il culmina à la 22ème place mondiale sans jamais faire une saison complète, lâché par son physique, déjà, dans l’incapacité de capitaliser sur ses victoires retentissantes pour enchaîner les résultats, sans possibilité de jouir lors de ses états de grâce, comme systématiquement puni de ses efforts.

Beaucoup d’amateurs l’ont adulé, quelques-uns l’ont envié sans le jalouser, particulièrement nous qui nous sommes cognés à l’asymptote, à nos propres limites, égarés dans le ventre mou de la deuxième série du tennis français, ventre mou ne réagissant pas aux séances d’abdominaux en tous genres. Si on avait le cœur léger, on pourrait plaisanter sur le fait que son parcours en dents de scie l’a mené chez le dentiste. Mais ses soucis ont commencé là, en janvier cette année, après une intervention dentaire anodine qui a révélé le mal qui le rongeait : la maladie de Charcot. En deux mois, il a perdu l’usage de ses jambes. Les médecins le condamnent, 3 ans maximum. Cauchemardesque. Golmardesque.

Jérôme ne se résigne pas. Lui, vit cette épreuve comme un match : il cherche des solutions et se raccroche à ce qu’il peut. Prêt à livrer un combat magistral. Au mental, il est persuadé de gagner, comment réagir autrement ?

Il déniche un médecin au remède miracle en Allemagne. Il a besoin de soutien, de liant, de liens, comme celui-ci, ses amis ont lancé un appel aux dons car le prix du remède miracle (4 opérations) est élevé, on peut lui écrire à cette adresse tcdavecledje@gmail.com.

En s’ingéniant à démonter les arguments du médecin allemand qu’ils élèvent au rang de charlatan, certains experts en neurologie ne font pas que condamner Jérôme, ils s’acharnent à dézinguer tous ses espoirs, mais de quel droit ? Ils ont pour eux le poids du passé, mais cela autorise-t-il à hypothéquer le futur, à revendiquer la mainmise sur l’avenir des malades ?

On peut être athée, scientifique, rationnel et continuer de croire en des zones inexplorées sans mysticisme ni prosélytisme, j’en témoigne ; explorer, progresser, apprendre, transmettre constituent les sens forts de l’Humanité qui continuera d’avancer en contournant les certitudes pétries. Galilée est mort raillé par une armée de savants et experts réunis qui se consacraient à démolir « son » héliocentrisme. Certes, n’est pas Galilée qui veut, mais tous les avant-gardistes et les charlatans ont en commun d’avoir glissé sur les peaux de bananes déposées par leurs détracteurs ; seul l’avenir permet de classer les uns et les autres dans une catégorie ou dans l’autre.

« Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. » Romain Rolland

« On ne doit mettre son espoir qu’en soi-même. » Virgile

Le Grand Zapping

Les américains ont relancé leur économie
En forant, pompant polluant les nappes phréatiques
Quand le vieux continent s’insurge et ne pompe que l’air
Se dresse, brasse cet air, ces vents contraires, ennemis
Nous condamne en brandissant la menace écologique
Vante, loue nos nappes protégées des US par la mer ?

Nos nappes pour orner, alimenter tous ces tours de tables
Nos tables où on met dans le vin l’eau qu’il y a dans le gaz
Nos tables sans mélanger nos torchons et leurs serviettes
Nos tables avec du beurre ou l’argent du beurre pour fable
On oppose économie écologie, ça jase
On s’enlise dans la crise en se goinfrant de paupiettes

Il y a de l’eau dans le gaz, c’est l’ère du schisme
Il y a du schisme dans l’air, du schiste sous terre
Sur nos principes, adeptes du masochisme
Ils s’enrichissent, on sombre et les laisse faire

Puis on zappe car les sujets ne manquent pas
On les recense, les aborde en surface,
Avec brio, moins on résout plus il y en a
Ça meuble les débats, ces épiques farces

Au royaume des aveugles les borgnes sont rois
Les fiscalisés ne peuvent défiscaliser
Ni voir leur quotient familial ratiboisé
Les nantis les subventions publiques s’octroient

En zappant, on vernit, on flotte, on reste en surface
On se gargarise d’un rien, on se starifie
On s’inscrit, on rejoint, on lit des livres de face
On anéantit, on paupérise, on scarifie

On veut des emplois mais on court au self
S’empiffrer de frites ou de salsifis
Il n’y a même plus de pompiste chez Elf
Juste des salles pour faire des selfies

Autobiographies
Autofinancement
Autopsy
L’empire auto ment

En zappant on fait du bricolage, on promeut la ponceuse
Du coq à l’âne on saute, du coca light bu, on bulle
Dans un verre sans profondeur on dézingue la perceuse
Perchés au-dessus du vide, on a la vision d’un funambule

La superficialité nous gangrène, gagne du terrain
Rejoignez-nous, nombreux, pour asseoir notre suprématie
Pour conquérir le monde, prendre votre destin en mains
Devenir superficiels, c’est gagner en superficie !

Schismes en gaz

C’est l’essence de l’Histoire : la compromission tue, beaucoup ont fini par payer en acceptant d’être achetés, tous ceux qui ne se sont pas rachetés ont payé, entachés par leurs contradictions, entichés de leurs victoires sans lendemain, étriquées, tachetés de lâcheté, de faiblesse ; ne pas reconnaître ces faits serait faire injure à ceux qui sont morts pour et avec leurs idées, est-il réellement nécessaire de donner des exemples ou d’en faire davantage (des exemples) ?

Tant d’exemples. Rien qu’en France. Pétain, héros de Verdun, a capitulé et terni son image définitivement en acceptant une paix des braves dépravée qui lui a octroyé un court répit et une humiliation à la hauteur de la rébellion naissante. D’autres, plus récemment, ont reçu des dictateurs, parfois même lors de la journée des droits de l’Homme. Tous ceux-là finissent par payer leurs compromissions, tous ceux qui ne peuvent se racheter finissent en faillite, par définition, débiteurs car discrédités, sans capacité de remboursement ; avant, c’était la bourse ou la vie, maintenant, c’est la bourse ou l’Europe.

Le Gaz de schiste est omniprésent, sur toutes les lèvres, de tous les tours de tables dressées, avec ou sans nappe phréatique, on n’y mélange pas les torchons et les serviettes, on y oppose sempiternellement relance de l’économie et intérêts écologiques dans des débats franchouillards, on ne met pas d'eau dans son vin ou alors celle qu'il y a dans le gaz, on aime bien opposer, on a dans notre ADN « le beurre ou l’argent du beurre », ça fait jaser, on en est restés au jazz, on assiste à un bœuf d’artistes désaccordés, à des envolées lyriques oniriques et on ne décide rien, après la crise de l’immobilier c’est la crise de l’immobilisme. Mais dans nos discussions enflammées on occulte un enjeu politique de taille : ne plus être dépendant d’un fournisseur qui exerce son pouvoir avec abus, force, mépris et goguenardise, avec la complicité d’artistes arrosés. Au pays des droits de l’Homme, on pourrait avoir une Ambition, un Cap : ne plus faire de la quête du pouvoir une obsession, mieux gérer son retard économique, sans envisager le protectionnisme, on ne pourra pas tout régenter, jamais, on pourrait par contre choisir ses dépendances, gérer au mieux son handicap en s’assurant que les puissances dont on dépend sont en capacité d’exercer leur pouvoir avec humanisme.

J’attends ça de l’Europe. Des rapports de force équilibrés, sains. Des règles de vie communes. Et, a minima, la paix intérieure. Sans maso-Schismes ni maltraitance des peuples que les pouvoirs autistes ne pl’Ukraignent.

Aujourd’hui encore, on peut mourir d’Europe.

L’extension du domaine de l’allure : lits et ratures

Au tour de la littérature, maintenant ! Ça aurait pu s’appeler l’Académie des neuf, mais on ne fait pas du neuf avec du vieux, et ils ne seront pas neuf, ce sera l’académie Balzac. Vingt auteurs autour d’une piscine, vains vautours auteurs, châtelains qui plus est car c’est bien connu, les grands écrivains sont issus de la bourgeoisie, comme la Comtesse de Ségur, nul homme ou femme de lettres n’a connu les affres de la pauvreté puisque c’est dans le confort que l’on crée, c’est notoire, ça coule de source d’où l’eau et la piscine, désormais il faudra savoir nager pour écrire quand les anciens ne savaient qu’écrire, il faudra mettre de la crème solaire en sirotant un cocktail à l’ombre quand les anciens s’autodétruisaient ; il faut bien vivre avec son temps. Le lauréat de la téléréalité littéraire qui s’annonce sera celui qui n’aura pas été éliminé entretemps, en fonction de critères assez fumeux, peut-être celui qui aura touché le fond, de la piscine, il faudra savoir parler, se montrer, ajuster sa communication, se vendre, tout ce que Sagan n'avait pas ; la littérature n’est pas un art vivant, ce n’est pas une raison pour souhaiter sa mort.

Il faut bien admettre qu’on n’a plus le temps pour rien et qu’on est devenus omniscients, alors pourquoi lire autre chose que des posts de réseaux sociaux, après tout ? Les classiques sont barbants, les classiques n’ont rien à voir avec le classicisme, époque révolue, les classiques ne sont au final que des œuvres contemporaines qui ont eu le temps de vieillir, à coup sûr dans cent ans on qualifiera de classiques les meilleurs posts de réseaux sociaux.

Une bibliothèque personnelle n’est plus qu’un signe extérieur d’intellectualisme, un meuble qu’on exhibe chez soi comme on exhibait sa télé dans les années 70, tout le monde a une télé, les livres se lisent en tranches, sur la tranche sur laquelle on lit le titre et le nom de l’auteur, comme ces tranches de vies téléréalistes, le Goncourt n’a jamais été autant acheté et aussi peu lu, c’est désormais l’image de l’auteur qui compte, peu importe le contenu de ses livres, tant qu’il reste lisse ou qu’il s’insurge contre un ennemi commun ou une cause adverse, la bankabilité gagne le monde de la littérature et il serait stupéfiant qu’un auteur émerge de ce concours autant qu’il émargera, rien d’autre ne sortira de cette épreuve clownesque que les bizarreries habituelles sous les yeux d’un public complaisant qui s’appauvrit sous les feux de projecteurs et producteurs s’enrichissant sur le dos de candides acteurs lowcost, marge maximale, sur le dos de ces illustres inconnus en mal de vitamine D et à qui on offre une lumière trop vive, ils en sortiront atteints du cancer de la surexposition. Voilà la vocation des téléréalités, ne sont pas philanthropiques, n'ont révélé aucun grand talent jusqu’ici, à part Olivia Ruiz, qui d’ailleurs avait été éliminée avant la fin et a su cracher dans la soupe après coup, ce qui est tout à son honneur.

Beaucoup de questions fondamentales se posent avant l'académie Balzac.
Devrait-on parler de téléfiction si l’on considère que cette téléréalité littéraire s’apprête à couronner un auteur de fiction ?
Les bombes seront-elles tolérées dans cette piscine où on ne saurait faire trop de vagues ?
Faudra-t-il porter un bonnet de bains ? Et si le lauréat attrapait des poux ? Imaginez qu’il passe un coup de fil pour demander un shampoing parapoux, Allô… Peut-on d'ailleurs être un grand auteur et avoir des poux ?
Peut-on parler d'inspiration quand un auteur gonflera ses poumons d’air avant de plonger ?
Les organisateurs savent-ils qu’il arrive à chaque auteur d’être noyé au milieu d’un océan d’idées avant de reprendre pied ? Par conséquent, quelle sera la profondeur du bassin ?
Faudra-t-il savoir mener sa barque ou mener une vie de château ? Savoir mener sa vie plutôt ? Les candidats sauront-ils ne pas bâtir de châteaux de carte ou en Espagne ?
Les candida seront-ils traités avec l’eau du bain ?

Plouf.

La théorie du con plausible

Les mots sont suivis des faits :
- 9 Janvier 2014 : Dieudonné, très infiltré dans le milieu artistique, est interdit de donner son spectacle par le Conseil d’Etat, suite à une circulaire du Ministre de l’Intérieur.
- 10 Janvier 2014 à l’aube : Un journal à scandales révèle la liaison entre François Hollande & Julie Gayet, très infiltrée dans le milieu artistique ; liaison dont on apprendra plus tard qu’elle était connue de tous (ou presque..) dans le milieu.
- 10 Janvier 2014 dans l’après-midi : Dieudonné annonce avoir écrit un nouveau spectacle en 3 nuits.
- 13 Janvier 2014 : Dieudonné est autorisé à jouer son nouveau spectacle.

Simples coïncidences ? Les journaux à scandales font-ils désormais partie de la grande famille au sein de laquelle on lave le linge sale (après l’avoir sali) ? Peut-on associer cette censure historique à cette révélation dévastatrice ? Qui tire les ficelles ? N’est-elle pas un peu grosse (la ficelle) ? Ça croustille, ça émoustille, des bisbilles ou la Bastille ? Les initiales de Scandale Sexuel et la censure d’un antisémite sont-elles liées ? Existe-t-il un traitement antimite efficace ? Une quenelle est-elle le geste d’un nazi ou d’un inculte de la personnalité ? Est-elle le geste désespéré d’une victime ou l’agression d’un bourreau ? A choisir son camp, vaut-il mieux être victime ou bourreau ? Le monde est-il devenu binaire, avec tout le monde du même côté ?

La vie privée des gens publics qui se bécotent sur les bancs déchaîne les passions et fait couler des hectolitres d'encre, une marée noire sans égal, les gens de l'ombre casquent pour la photo d'un visage à casque. Etonnant, non ?

L'émoi de Janvier

700 millions de chinois, émoi, émoi, émoi ; le communisme est mort, la Chine communiste domine le monde.

On ne pense plus, on panse, donc on est. Anti cartésiens.

En janvier, on se régale. On régale, galettes, éternels, électrons, non libres on fait les coqs, coqs en pâte, épate la galerie, rit jaune ; d’où la suprématie chinoise, le riz jaune c’est en Inde, qui attend sagement son heure, de gloire, elle arrive, tout arrive, contre eux de la tyrannie, ils forment leurs bataillons à coups de triques démographiques, concours de castes se préparant au règne en indivision.

La galette des rois en janvier c’est en hommage à Louis XVI ? Sans queue ni tête. C’est l’épiphanie. Concours de circonstances troublant s’il n’était anachronique, n’est pas roi qui veut, les royalistes ne peuvent s’enorgueillir de la situation le 21 janvier, ne peuvent récupérer la galette comme d’autres ont récupéré Jeanne d’Arc, en professionnels de la com’ de l’image, évincer les rois mages, au prétexte que leurs rois ont réellement existé, sévi.

Le plus important dans la galette des rois, c’est sa garniture et la fève. A la frangipane, c’est meilleur.

On a gardé cette coutume comme on entretient une servitude. En faisant fi de son histoire. Des pervers font leurs quenelles en prétextant cuisiner, mais ils réchauffent sciemment un plat des années 30 dans un contexte de crise des années 30 à leurs convives affamés de haine ou assoiffés d’inculture. Honteusement, sans se soucier des origines.

La galette des rois sans se soucier des origines, c’est peut-être une leçon de vie qu’il faudrait graver dans le marbre, pour qu’on s’en soucie. Toutes les origines ne sont pas « assumables », certaines sont consumables, sorties de leurs contextes ; s’intéresser aux contextes requiert un effort, entretenir les coutumes entretient la jouissance, la jouissance est un droit. On met des mots sur des choses et des événements, on met des choses et des gens dans des cases, ça rassure, ça cadre, ça borne, ça donne des repères, ça restreint, ça polarise, les cases sont des boussoles, absolues. Mais ces mots, qu’on met sur des choses et dans des cases, restent contextuels, sont autres en dehors de leur contexte et les contextes évoluent aussi, par définition, forcément, parfois cycliquement, cyclothymiquement, un cyclothymique ment une fois sur deux, dans une symphonie divergente d’où ne subsistent que les habitudes, qu’on se transmet tels des animaux, de proches en proches, symphonies composées parfois par des sourds, tel Beethoven, il vaut toujours mieux entendre ça que d’être sourd, au royaume des aveugles les borgnes sont rois, ces borgnes à condition de garder l’œil ouvert sauront saisir le sens de ce message de bonne année 2014 adressé à tous, et l’ambition qu’il recèle.

Le Nouvel An douille

Vite, il ne reste plus que quelques jours pour figurer dans le Grand Bêtisier 2013 et ainsi récolter les fruits d’une quête insensée, fruits pourris à force de résister à la cueillette, à force d’esquiver, à force d’éviter la chute libre, à ne pas vouloir tomber des nues, sur un os, sur plus fort que soi, sur sa fesse qui s’affaisse, à trop vouloir tomber la chemise, amoureux, il y a sûrement un truc à tirer de la situation, à glaner de tout ça, une récompense quelconque, l’Award du bidule, voir sa trombine sur un site et surtout la montrer, aux autres, une poignée de main futile à un personnage de lumière, lumière stroboscopique, la reconnaissance d’un jour, un panier garni aux dates de péremption éloignées, à l’obsolescence programmée pour plus tard, qui finit par craquer à force de faiblesses.

Cette année, on ne va pas seulement changer d’année, on va changer d’ère, l’air de rien.

La corde a été tirée à l’extrême, aux extrêmes, autour des cous, pas seulement ceux des volontaires, raide, hier des Andes, en Afghanistan en Iran, lapidations en vogue, dilapidations de liberté, c’est-toujours-pire-ailleurs conforte dans l’immobilisme et la médiocrité, on ne s’émeut plus de rien, ou alors le temps de zapper, puis on zappe, c’est-toujours-pire-ailleurs ou l’adoption de la misère comme norme de vie, ailleurs d’où on importe cette théorie de la relativité, ailleurs où on exporte notre travail, notre sidérurgie, nos ferrailleurs, pour faire ailleurs.

Cette année, on ne va pas seulement changer d’année, on va changer d’ère, on aspirait à l’ère écologique, on aura l’aire d’autoroute en guise de non-prolifération des gaz à effets de serre, une aire low cost favorisant l’enrichissement de ses propriétaires, du duc de guise, une aire Carrefour, enseigne qui ne manque pas d’aires, on désirait assainir l’atmosphère, on assène des discours aux contraintes budgétaires, l’ère du budget, on fantasmait sur l’ère pure, mais ça coute trop cher, à trop comprimer les budgets on aura de l’air comprimé, du coup on fait la gueule et on a enfin la réponse, oui, on a une gueule d’atmosphère.

L’élastique va finir par péter, la constante d’élasticité n’est pas variable, par définition, c’est sémantique, hélas et sans tiquer, il ne viendra plus en retour fouetter ces donneurs d’ordre aveugles en recherche de limites, au royaume des aveugles le borgne est roi, il ne viendra plus gifler ce pouvoir autiste, dépassant les bornes, sans bornes en tête, il ne viendra plus lui signifier qu’il va trop loin, il ne lui donnera plus de répondant, il destituera le pouvoir d’un putsch subit et subi, car un chef n’est plus rien sans ses armées, ce sont les limites de la politique de l’élastique, on sait qu’on ne peut plus rien faire quand c’est trop tard, quand il n’y a plus de rafistolage possible. L’anarchie point, en suspension…

Cette année, on ne va pas seulement changer d’année, on va changer d’ère, on se prépare à la famine, à la dalle, à une vie de chien, d’airedale.

Les poches sont vides, les bourses stériles, comment se reproduire dans ce contexte, la crise a tout justifié, légitimé, raflé, les ménages moyens ont pourtant joué le jeu, ont continué de consommer, mais l’obsolescence programmée les a définitivement ruinés, les microprocesseurs des produits high tech sont programmés pour tomber en panne le jour J, juste après la fin de la garantie, à plus ou moins court terme, selon qu’on a opté ou pas pour son extension. On se réjouit d’accéder à des produits de moins en moins chers, on ne réalise pas qu’on les renouvelle de plus en plus souvent, on ne réalise pas qu’au final on dépense tellement plus.

Cette année, on ne va pas seulement changer d’année, on va changer d’ère, on va s’hystériser.
C’est la théorie de l’hystérésis, le fameux diagramme : quand on nous annonce le début de la crise, on ne la sent pas vraiment, quand le pire est censé être derrière nous, on est exsangues. Entre ce qu’on nous ressasse et ce qu’on vit, il y a un gouffre. Selon le diagramme d’hystérésis, il faut doper pour réamorcer la dynamique et voir ses effets se produire, selon les différents organes du pouvoir, il semble qu’il faille juste du temps.

Cette année, on ne va pas seulement changer d’année, on va changer d’ère, on se prépare à entrer en ère rance.

Ceci dit, c’est toujours pire ailleurs.

Lapidaires (poème afghan)

Cavaliers, les soldats libérateurs n’avaient pas mégoté
Sur les moyens, sans appeau mais pour la peau de Ben Laden
A cheval sur le magot qu’ils n’ont toujours pas dégoté
Engagés en guerre insensée censée éradiquer la haine

Parachutés poilus en cueillette
Couverts de fleurs au fusil pour
Raser ces barbes trop longues
Poilus envahisseurs d’un jour
Tondus en Rangers sans tong
Parés pour le concours de quéquettes

Engoncés dans ce bourbier
Missionnés pour le coup de poing
Barbiers de la situation
Aux moustaches rasées avec soin
Déserteurs de compromissions
Raseurs gratis non apostasiés
Raseurs de murs à foison
Raseurs jusqu’à l’oraison

Dehors le pouvoir public, dehors les talibans publics
Tel était le leitmotiv, garrotter, stopper la gangrène
Aujourd’hui les talibans ragotent sur les bancs publics
Bancs publics, revanchards tels des idéaux qui s’égrènent

Les colons débarquèrent dans leurs tanks banalisés
Pour les décoloniser, les guérir du cancer
Flinguer les polypes, les milices, les sales types policés
Un traitement lourd que d’autres voies évacuèrent
La coloscopie aujourd’hui est formelle
Les talibans préparent la scission leur résurrection
Ils pullulent et distillent leurs idées cruelles
Le peuple afghan sans solution est en rémission

Les talibans sont une maladie auto immune
Des antibio ayant mal tourné jusqu’au schisme
Après usage non jetés dans la fosse commune
Des armées armées pour tuer le communisme

Les talibans sont une mauvaise herbe
Des rhizomes ayant échappé au brûlis
Qu’on ne peut raser d’une fronde acerbe
Qui ressassent, repoussent comme des pissenlits

Les talibans ont eu la peau de l’URSS, de Marx
Et de ses frères, Jacques en tête, mais n’ont pas eu raison
De la philosophie : l’opium est la religion du peuple
D’un peuple endolori par les remèdes de ses disciples

L’opium est l’engrais de ces terres fertiles
Abêtit, transforme les maisons en chenils
Régresser fait avancer quand on est saoul
A travers les ciments et plaines de Kaboul

La liberté des femmes aujourd’hui menacée
Bafouée, on ne peut faire le bien des autres
Sans expliquer, sans projeter, sans accompagner
Juste en rasant des terres qu’on veut faire vôtres

Comme une frange de croates croassent
sur le mariage homo qu’ils fracassent
Le pouvoir afghan ne lésine pas
Avance en bandes, encercle au compas
En bandes organisées
En bandes afghanisées
En bandes non dessinées
Bande non tétanisé
Bande face aux garçons désarçonnés
En rut sans cerveau comme des veaux
Recycle les eaux usées du caniveau
Légiférer n’est pas démocratiser
Qui ne capte pas sera décapitéE
Qui dilapide son mariage sera lapidéE

Comme des bleus

Il aura donc fallu les aimer avant qu’ils nous respectent, il aura donc fallu les kiffer pour qu’ils nous calculent. Nous aspirions leurs poussières et à autre chose, nous ne nous étions tout simplement pas adaptés au nouveau business model du foot français. Nous rêvions d’autres athlètes, nous cauchemardions à leur sujet, nous étions insoumis, avachis et tristes, nous sommes désormais avilis et gais. Nous voulions de la sueur et des fleurs, leurs maillots sentaient la rose, c’était une fleur, de leur part, ils nous épargnaient les effluves de leur transpiration pour mieux nous envoyer sur les roses. Nous nous assoupissions en les matant sur nos matelas, sans ressort, l’ennui et la révolte rivalisaient en nous. Puis la lumière fut, il restait un dernier recours : contraints et forcés, nous nous sommes engagés dans ce mariage d’irraison.

Cette qualification de l’équipe de France pour le Mondial au Brésil, on n’y croyait plus beaucoup après la déroute en Ukraine, beaucoup l’espéraient plus qu’ils n’y croyaient, beaucoup ne l’espéraient même plus, c’est dire le peu de crédit accordé à cette équipe. On ne pouvait plus les voir en peinture ces bleus-là, sauf en nature morte, on n’aurait pas misé un kopeck sur ces insolents, narquois, millionnaires autistes, ressuscités ou réincarnés de la grève de Knysna, sur ces bleus qui selon moi ont aggravé les circonstances depuis Knysna, car ils avaient depuis osé continuer de montrer des signes de « fumisme », signes qui s’ils n’étaient pas à la hauteur de leur grève, ou plutôt à sa bassesse, constituaient autant de flagrants délits de récidives.

Pourtant, on s’est exaltés mardi soir. On les a aimés inconditionnellement, pendant 90 minutes et ils nous l’ont rendu. Grâce à ça, grâce à nous, ils furent en état de grâce. Ils viennent de découvrir l’amour du maillot bleu, c’est juste inédit, pourquoi pas après tout, dans une histoire d’amour il y en a toujours un qui donne avant l’autre, et jusqu’en 2006, nous avions été plutôt habitués à recevoir, même les soirs de défaites ils avaient su se faire recevoir, sans piper mot, acceptant la vindicte populaire, l’un d’entre eux avait même été taxé de criminel pour une passe mal ajustée contre la Bulgarie et contraint de s’exiler en Angleterre, pour fuir cette taxation, contraint à un exil non fiscal, dans les pas de Didier Six qui lui avait raté un pénalty en 1982.

On s’est enthousiasmés mardi soir comme une cocotte-minute évacuait son trop plein de pression alors il ne faut pas oublier les raisons de la montée en pression, comme le ressassaient ces consultants sportifs vendeurs de désespoir, qui faisaient jusqu’ici leur beurre et leur argent en soufflant sur les braises, en rivalisant de justifications destructrices, d’explications démolisseuses et fatalistes comme s’ils se réjouissaient des contreperformances des bleus, ces consultants qui pour une fois se sont fourvoyés mardi soir, éloquents d’impuissance, amputés de leur « sultan-ce » pour l’occasion, discrédités, ravalés au rang de rabat-joie. La « rouetourne a tourné » comme l’avait délicieusement prédit Ribery avant le match.

On s’est retrouvés mardi soir pendant et après le match, même si on était encore beaucoup à regarder nos pompes quand Benzema résuma de son accent si caractéristique, celui qui accentue le manque d’éducation grammaticale, cet accent tue : « Voilà, on avait dit qu’on ferait un gros match, voilà, on l’a fait, voilà. », Benzema comme tant d’autres transformant voilà en conjonction de coordination omniprésente et omnisciente, voilà tout terrain, VTT, mais où est donc Ornicar ? Voilà !
Mardi, on était comme des fans de Johnny à la fin d’un concert, en extase, comme revigorés, mais toujours un peu honteux dès qu’il s’exprime.

Ces joueurs viennent donc de découvrir l’amour du maillot. On attend désormais qu’ils l’honorent, qu’ils nous honorent à chacune de leur sortie, qu’ils apprennent à nous couvrir de fleurs, à amadouer nos exigences, à faire en sorte qu’on ne doute plus de leur fidélité, à améliorer leurs discours d’après match comme autant de flatteries à leur promise, à leurs promis, sans compromis, en mettant de côté cet accent « zyva-esque » et leurs envolées dysorthographiées. Après tout, ils ont tous su apprendre une langue étrangère en peu de temps, il y a même fort à parier sur betclic que Ribery, Benzema et Evra s’expriment respectivement mieux en allemand, espagnol et anglais qu’en français, alors pourquoi n’apprendraient-ils pas le français ? On retrouverait alors un semblant de dignité, avec ou sans Digne, s’ils se hissaient au niveau intellectuel des Thuram, Blanc, Desailly, Deschamps, LLoris, Cabaye, Gourcuff et consort, et qu’on sorte les intrus. Voilà.

L’équipe de France est une vitrine, qu’on n’est pas tous obligés de lécher, beaucoup exècrent le shopping, mais ceux qui le pratiquent (le shopping) aiment que les vitrines soient à l’image de ce qu’elles renferment, qu’elles ne soient pas juste des miroirs aux alouettes ou sans tain offrant la vue sur des footeux dorés, boudeurs, agressifs, ingrats, à la fierté déplacée, à qui tout est dû, qui prennent leur pied pas comme on le souhaiterait. Ces joueurs sont très cher payés pour leur exposition médiatique, ils doivent en accepter les contreparties et critiques, ils doivent travailler leur image.

Il aura aussi fallu un remaniement de taille et le souffle du danger.

Le sélectionneur de l’équipe de France est un homme politique. Ses échéances sont courtes, il a un mandat de deux ans. On veut qu’il prépare au mieux l’euro 2016 en France, ses échéances européennes, avec des jeunes dont on serait fiers, mais on lui impose d’aller au Brésil en 2014, ses municipale à lui, et les jeunes n’étaient pas prêts, il a donc du racler les fonds de tiroirs, rappeler les fantômes de Knysna, dans une synthèse incompréhensible et au final ce retournement de situation aussi surprenant que spectaculaire, son inversion de la courbe du chômage à lui.

Le sélectionneur de l’équipe de France est un homme politique, le Président de la république est-il un sélectionneur ?

Il a déjà instauré une charte pour les sélectionnés du gouvernement, a su virer Cahuzac sur critères déontologiques, trop tardivement certes, mais un Cahuzac dont les compétences pour le poste étaient pourtant louées par tous ; toujours sur critères déontologiques il a écarté DSK de sa sélection, DSK qui pourtant serait lauréat du ballon d’or économique mondial si cette distinction existait.

Il ne manque plus au sélectionneur que la charte qui redorerait le blason de l’équipe de France. Une charte qui ne tolérerait aucun dérapage, aucune insulte, aucun manque de respect, aucune menace, aucune forme de chantage, aucune déclaration tapageuse ou diffamatoire, aucun coup de boule ou de poings. Une charte qui dédramatiserait la défaite, qui reconnaîtrait la supériorité de son vainqueur du jour ; l’élégance fait partie du sport. Une charte qui remettrait l’éducation au centre, il y a tant d’enfants qui se passionnent pour le football. Une charte qui décréterait : à partir d’aujourd’hui, c’est tolérance zéro.

Il ne manque plus au Président de la république que le remaniement.

Tu ne hueras point

Que dire de ces écervelés qui sifflent un Président un jour de fête nationale ? Rien, sinon qu’ils étalent aux yeux de tous leurs incohérences. Ces siffleurs de l’extrême mais manquant de droiture placent la France sur le piédestal mondial mais sabordent une fête nationale, sans gêne, sans gènes à transmettre espérons-le, font du protectionnisme français leur thème de prédilection mais insultent la France pendant le défilé des forces militaires, ces forces qui constituent les derniers remparts d’un état protectionniste. Ces hurluberlus, huent, hurlent, ont la berlue, atomiser un armistice c’est déclarer la guerre idéologique. Une guerre pour rebeloter les rôles, quand on n’est rien dans une société où la faillite personnelle est autorisée on a intérêt à jouer à quitte ou double, comme ces miliciens qui connurent leur heure de gloire et son éphéméride, vilipendèrent l’intérêt collectif pour sortir du trou, du trou qu’ils avaient creusé eux-mêmes, plongés dans le noir de leur inculture. Une guerre pour faire tourner la roue, pour que la roue s’arrête à bonne destination, comme aimantée par le métal, là où ces andouilles l’attendent pour croiser leurs fers et nous préparer des lendemains de fêtes difficiles, là où le nouvel an douille.

Ces cornichons exhibent leur inculture ou leur amnésie, « Que choisir » n’aide pas toujours, oublient ou ne savent pas une chose : le parti qu’ils supportent, qu’on s’efforce d’ailleurs tous de supporter, chacun ses valeurs, les aurait flingués s’ils s’étaient comportés de la sorte face à lui, face à elle, il suffit de regarder l’Histoire, l’extrémisme ne peut régner sans dézinguer ses opposants. Ces profiteurs usent de la liberté de parole qui leur est accordée pour propulser un parti qui nous bâillonnera.

Ces corniauds jouent les drôles, nous font regretter Bourvil et Funès, funestes, lisent Minute et ses jeux de mots à deux balles, réchauffés, ressassés, éculés, Minute qui fait du racisme fruitier en préférant voir Taubira avoir la banane que la pêche, Minute dont la prochaine Une sera un truc du style « Même Robert Hue », Minute grâce à qui « 20 minutes » passe pour de l’information et de la culture de haut vol, d’un niveau intellectuel au moins 20 fois supérieur, à des années-lumière de la Minute de monsieur Cyclopède.

A préférer le Hollande Bashing à Bashung, chacun ses valeurs là encore, on attise la haine. A ceux qui chargent systématiquement et sans discernement Hollande, qui s’amusent de son embonpoint en s’étonnant qu’il n’ait rien dans le ventre, on pourrait rétorquer qu’Hollande a bon dos, plutôt. « Tu ne hueras point » pourrait marquer son mandat d’un onzième commandement, mais on ne lui reprochera pas sur ce point son manque de commandement. Tous les torts lui sont attribués, mais essuyer toutes les critiques c’est déjà tolérer qu’elles puissent s’exprimer, c’est la preuve irréfutable qu’il ne les a pas muselées. A trop focaliser sur sa personne, Hollande s’en trouvera renforcé.

Heureux qui peut exprimer sa peine.

Inculte qui fantasme sur l’extrémisme pour la soulager, l‘extrémisme au pouvoir ne lui laisserait plus le loisir de l’exprimer.

Il arrive toujours un moment où une personne ne peut pas descendre plus bas et, à ce moment-là, toutes les attaques contre lui résonnent comme des stimulations qui provoquent le rebond, impulsent, à trop solliciter les défenses les anticorps compassionnels finissent par prendre le dessus, rayonnent comme des batteries qu’on aurait couplées à un paratonnerre.

Les fans de Cantat dont le nouvel album sort le 18 Novembre se préparent aux huées aussi. Avec le temps, repris magistralement de Ferré, on réalisera qu’il a apporté à la chanson et à la langue française bien plus que la très grande majorité d’entre nous, malgré tout, malgré la violence dont il a été coupable, malgré l’homicide pour lequel il a été jugé, pour lequel ses détracteurs les plus virulents rejoignent ces siffleurs quand ils le condamnent à disparaître, quand ils fantasment sur le rétablissement de l’échafaud promis par leur favorite, échauffourées offertes en attendant, ces échos fourrés de clichés simplistes et binaires. Pourtant on peut avoir fauté et asséner des vérités par ailleurs, en attendant d'éradiquer le manichéisme on peut s'en servir, en marginalisant ceux qui s’en revendiquent, en considérant qu’ils sont du mauvais côté.

Le Goncourt-il à sa perte ?

Trois pré-sélections puis une désignation au final, en finale, à la majorité d’initiés, ne peuvent couronner un navet, auréoler un riz au lait, un flamby, c’est incontestable, on pourrait affubler les cracheurs dans cette soupe non populaire d’ingrats, taxer les cracheurs de feu de vaniteux TTC, réduire les cracheurs de sang au rang de coléoptères, de bêcheurs. Le Goncourt crache au bassinet en glorifiant un auteur, consacre une œuvre qui est forcément à la hauteur de l’événement, même si quelques détails interpellent.

Déjà, la notion de compétition est plutôt étrangère à l’expression artistique et la littérature n’est pas un art mineur. Les lois de l’écriture, ces règles de base à respecter, grammaticales, syntaxiques et orthographiques, n’empiètent en rien sur l’infini, sur l’infinité des thèmes et des styles, descriptif balzacien ou rugueux, foisonnement d’adverbes, virgules omniprésentes truffant le vide,,,, chants partisans ou non, poèmes, associations phonétiques, slams, textes hachés comme des steaks sans provenance, scandés, intrigues, polars, vulgarités contrôlées, dérapages incontrôlés etc…bref, est-il raisonnablement envisageable de les hiérarchiser et de les comparer alors qu’on n’ose même pas le faire pour des choux non gras et des carottes non cuites ?

Admettons, soit, il serait possible de comparer une saga contemporaine à l’encre de Chine, un récit de guerre à l’encre de sang des soldats, Marlene, le témoignage d’un marin japonais à l’encre de seiche, sans lever l’encre il serait possible de distinguer un écrit à la majorité des votants, mais la démocratie s’applique-t-elle à l’art ? Peut-on décréter qu’une œuvre est meilleure parce qu’elle a recueilli plus de suffrages ?

Admettons, soit, il serait possible de le décréter, il serait possible de s’abriter derrière ce consensus mou qu’on nommerait démocratie. Pourtant, comme ces trains qui passent sans qu’on n’ait la possibilité de les prendre, complets, remplis de zigotos aux manettes, un sujet peut en cacher un autre ; le lauréat occulte ses dauphins mais aussi tous les figurants. Jamais un éditeur « récent » n’a été qualifié en finale du Goncourt, ces mêmes éditeurs tenus de prendre tous les risques pour exister, contraints de jeter des pavés dans cette mare obscure et fermée au public pour se démarquer, forcés de naviguer à vue, de slalomer entre les balles perdues, sans arme, sans permis de chasse gardée. Le Goncourt maintient sous perfusion les librairies en assurant le monopole des éditeurs historiques, en faisant de l’élitisme démocratique, c’est peut-être cela « Goncourir ».

Au jeu des comparaisons, puisqu’on peut comparer tout et n’importe quoi, on pourrait s’amuser à rapprocher la désignation d’un Goncourt d’une élection présidentielle en France. En politique, les pré-sélections aussi sont inéquitables, il faut 500 parrainages d’élus pour pouvoir se présenter et, arme de dissuasion supplémentaire, les comptes de campagne ne sont remboursés qu’à la condition d’obtenir un score significatif, 5% des votants, résultat d’autant plus dur à atteindre que le nombre de candidats s’élève. Ensuite, par contre, c’est la démocratie, une parodie de démocratie assumée, une démocratie revendiquée par les organes du pouvoir, on peut voter librement et sans contrainte pour un des finalistes…et on s’étonne de la recrudescence des votes par élimination. Turlupinades et tarabiscotes au beurre salé dont on veut aussi l’argent et qu’on trempe dans ces tasses de thé qu’on veut nôtres, non, on ne peut pas comparer l’élection présidentielle au Goncourt, on peut le fustiger mais le Goncourt reste un gage de qualité made in France, crée des richesses, sponsorise les librairies ; la politique n’est pas le huitième art.

Un Goncourt n’est pas un spermato qui aurait fécondé, ce spermato qui est en nous, ce spermato qui n’est pas le meilleur de tous mais juste celui qui a gagné au loto, on a tous gagné au loto une fois, ce qui n’offre aucune garantie pour la suite, c’est irréfutable, un Goncourt consacre un génie, l’immense mérite du Goncourt est de rapprocher la littérature du monde de l’argent pour son lauréat, c’est plus que mérité, ce sont juste ses figurants qui ne méritent pas leur sort, eux continuent d’attendre leur chance, sans intermittence, sans théâtralisation, sans public, en jouant leur vie comme si elle n’était qu’un Goncourt, de circonstances.

On a assez zoné

L’été est la saison des fondations, on étaye, on compense ces poutres bétonnées plus solides que cette ferraille quIPN et finit toujours par fléchir, le temps qu’elles sèchent au-dessus du vide, au-dessus de ces trous béants, au-dessus de ces impasses supplémentaires qu’on doit faire pour se donner plus de chances, pense-t-on en évoquant son nouveau destin, ce nouveau virage, cette nouvelle voie à tracer, son nouveau départ, nouveau répété comme on met en scène et en exergue le renouveau, ces nouvelles voies qui tout en rapprochant de quelque chose éloignent des possibilités originelles infinies offertes à tout nouveau-né, promises aux crédules, garanties aux croyants, des voies tracées pour certains, des voies lactées pour tous, des voies à sens unique, des voies de garage, des voies sans issue, dévoyées, on avance dans la vie comme un compte bancaire au capital initial variable, un compte pour lequel la seule transaction possible serait le débit, parfois différé, un compte qui n’aurait d’autre vocation que de finir débiteur, le plus tard possible, un compte au solde qui s’amenuiserait, irrémédiablement, à chacune de nos irruptions, à chacun de nos retraits, à chacune de nos retraites, à chacune de nos dépréciations.

L’été on ambitionne, on se challenge, on éprouve sa motivation, on lance ses nouvelles résolutions à la cantonade, a capella, emplis de légèreté mais aussi pour voir comment ça réagit, pour mesurer la force de sa nouvelle lubie, son quotient de résistance. Ce nouveau cap qu’on lorgne sera trop facile, si on l’atteint, ou inatteignable et légitimera l’échec, la dérobade, le manque de conditions réunies, on peut ainsi passer sa vie à ne jamais rien réaliser qui rende fier, qui auto-satisfasse, sans que cela soit ostensible pour les autres, comme un perchiste qui échouerait en s’obstinant à battre le record du monde sans oser mettre la barre plus bas, de peur de sombrer dans la facilité, ce qui est pris n’étant plus à prendre. Savoir mettre la barre plus bas, c’est pourtant ne pas rentrer bredouille, ne pas être le subalterne du lambda du coin fier d’exhiber son petit truc à deux balles, c’est avoir quelque chose à raconter, même un tout petit machin, on ne peut pas être un presqu’au-boutiste accompli, faillir c’est faillir. Savoir mettre la barre très haut, s’inventer de nouveaux caps, de bonnes espérances, permet de proches en proches à l’humanité de progresser, éloigne de ces jungles hostiles de facilité et nauséabondes d’autosatisfaction qui nous rappellent par l’odeur, alléchés que nous sommes, que le présent et le passé ne suffisent pas, seul le futur se suffit. Savoir mettre la barre très haut, c’est aussi s’entraîner à s’envoyer en l’air, rechercher la légèreté, ne jamais renoncer, regarder Droit dans le soleil.

L’été, on étaye sa motivation, celle qui va irrémédiablement s’émousser, à l’approche des échéances et des esquives, on motive ses étais, on affute les sempiternels arguments, on s’assure qu’on a fait le plein pour passer l’hiver et tenir toute l’année. Toute l’année car tout est calibré sur cet espace-temps, une année, confinant ceux qui voient plus loin au statut de doux rêveur ou de Nostradamus de service. On est formatés pour enquiller les années. De l’école, passages de classe ou redoublements, à la vie active, objectifs annuels, congés, en passant par le chômage où les allocations s’arrêtent au bout d’un an, impôts, taxes, assurances, bonus, malus, peines de prison, tout est à l’échelle d’une année, à l’échelle des quatre saisons et d’un côté ça a du bon, puisque ça permet de ranger aux oubliettes les mauvaises années et de repartir sur de nouvelles bases, comme on perdrait un set au tennis qu’on aurait fini par balancer, tout en conservant son destin en mains, en attendant des jours meilleurs.

Quand vient l’hiver on se bat, on bat en retraite, on baliverne, on élit Vercingetorix héros absolu, on relit Verne, on polit verres et matériaux du même tonneau qu’on vide jusqu’à plus soif. L’hiver on se replie, on peut aussi changer de cap, débroussailler de nouvelles voies, mais un accueil glacial leur est souvent réservé, le ciment sèche moins vite. Changer de cap en cours d’année c’est déjà un échec, c’est l’inaboutissement, c’est s’être trompé et ne pas savoir le reconnaître ou c’est ne pas être persévérant. L’hiver, les seules fondations possibles sont celles de familles. L’hiver on s’accroche comme à des bouées aux motivations de l’été, on ne doit pas les faire mourir, quitte à raviver superficiellement une flamme timide, on a des idées noires à la lumière qu’il fait dehors, on s’empiffre, on consomme de l’éléc, on allume tout, la télé crache la nourriture à ces yeux affamés, l’actualité n’inspire plus personne, n’inspire plus rien de bon.

Entre l’hiver et l’été, le min et le max, le ying et le yang, deux saisons qui ne servent à rien d’autre qu’à faire transition dans un monde bipolaire, binaire, un SAS pour éviter les chocs thermiques, ces feuilles qui tombent comme elles dépoileraient un crâne en cours de « chauvinisme », on guette la mise entre parenthèses, cette lumière qui s’éteint peu à peu, anxiogène, car on connaît l’issue, l’hiver à venir, lis Verlaine et tricot au menu, les soupes aux grimaces, les potages dans lesquels on se fond. Le froid de l’automne nous bouleverse car la perspective est inéluctable, sonne comme une condamnation, même l’eau tonne, il fallait se méfier de celle qui dormait, alors qu’on sourit d’une fraîcheur printanière car on sait qu’on va lui tordre le cou incessamment sous peu, on approche de la ligne d’arrivée, celle où on pourra mesurer le chemin parcouru et bâtir à nouveau, l’été, étayer, à la vue de ces cotes bétonnées qui y incitent, qui inspirent malgré tout.

Au fond, on veut du rythme, mais on réclame du frais l’été et on implore Hélios l’hiver, on aime les saisons mais on aspire à assaisonner leurs amplitudes, à atténuer les écarts-types ; on veut faire bouger les lignes, rompre avec les habitudes et le quotidien mais on souhaite que tous les jours ressemblent à nos jours meilleurs. On n’accepte pas la cyclicité des choses, sauf celle des années. On veut du verbe et de l’envolée lyrique, mais les tribuns nous affolent. On veut s’enflammer en toute sécurité. On veut rêver éveillés. On veut prendre des risques sans risquer de tout perdre.

Nos quatre saisons, on ne peut plus les voir en peinture, on ne veut plus en entendre parler, plus personne ne connaît Vivaldi, tout le monde connaît Vivendi et la Terre, nos quatre saisons on ne les veut plus qu’en pizzas, pour les cinq légumes journaliers à ingurgiter, sans assaisonnement pourtant.
On veut plus d’écologie, on s’en remet aux caprices de la nature tant qu’elle ne nous est pas défavorable, on s’en remet aux saisons qu’on cherche à dompter, on a assaisonné.
On traverse un hiver qui n’en finit plus, sans Horizons on a redouté l’oraison, mais on a assez zoné et on la sent, elle vient, elle point, la floraison.