Si le hasard t'emmène jusqu'ici, ne fuis point
Surfe et erre sans fin sur le blog du baladin
Smurfe dégingande-toi au sein du bal à daims
Avec imagination, Sans invitation
Ta religion est l'insubordination ?
Alors gausse-toi ici nul n'est bouffon
ni branque ni saltimbanque honnie soit sale ta banque
Juste des pions décidés à enfin décider
dans un bal laid où déambulent des daims
Manifestant leur insoumission avec dédain
LeonnicAsurgi@yahoo.fr


Folies passagères

Trois minutes sans voir le jour, ni même les lumières de la ville. Trois minutes d’une noirceur absolue. Trois minutes que je n’entrevois pas le bout du tunnel. Pourtant, on avance. Plutôt vite, même. Les relais des propulseurs viennent de claquer : on roule sur l’erre. Mais à l’ère de l’hyper connexion, trois minutes sans réseau, c’est un purgatoire qui fait son effet – tunnel.

Pourtant, la couverture a tellement progressé ces dernières années : elle a été tirée à chacun des opérateurs qui ont abusé de son élasticité jusqu’à ce qu’elle s’effrite, à tel point qu’on est tous prisonniers d’un parc réseaux logiques, qu’on le veuille ou non. Je me souviens parfois avec nostalgie de ces appareils téléphoniques factices vendus à la sauvette avant que le rail ne transporte les signaux GSM, brandis par de ridicules mâles en représentation qui déblatéraient sans personne au bout du fil, comme s’ils agitaient ostensiblement une clé de 205 GTI décapotable au milieu d’une piste de discothèque.

Mais là, personne ne capte rien. A la situation. Nada.

Trois minutes que mon voisin de marguerite a planté ses yeux sur moi. Trois minutes qu’il me dévisage avec obsession, ses yeux fixes et fiévreux plantés dans les mieux. Le gars semble écervelé, à en faire crever de jalousie un terroriste entré en transe et décidé à agir.

Bien sûr, à défaut de me divertir, je pourrais faire diversion et regarder ailleurs, mais enfin, que peut-on contempler dans le RER quand son téléphone ne capte plus ? Ses pieds ? Trop dangereux, baisser le regard pourrait être assimilé à une soumission. Le plafond ? Non, je passerais pour une illuminée et cela légitimerait les regards posés sur moi. Fermer les yeux et feindre l’endormissement ? Surtout pas, il ne faut jamais perdre l’ennemi de vue.

Pas le choix, je regarde droit devant, moi aussi, digne et prête à en découdre. Un regard suffit à se sentir insultée. Je peux l’assurer. Alors je prends tous les passagers du wagon à témoin, tous ces témoins oculaires engoncés dans leurs costumes de courtoisie, dans leurs tailleurs qui les téléportent dans des endroits fantasmés, enfermés dans leur bulle d’égoïsme protectrice.

L’agression dont je suis actuellement victime est pernicieuse car peu palpable, mais elle est bien réelle, c’est mon instinct télépathique qui m’alerte. Pourtant, je n’aime ni la télé ni les pâtes, mais ce don, c’est mon psy qui l’a décelé. Il me l’a annoncé comme ça tout de go, entre la poire et le fromage, alors je n’en fais pas un – je fais toujours référence au fromage. Mon sixième sens m’a souvent permis de déjouer bien des situations périlleuses. Jusqu’ici.

Forte de mes capacités inouïes, et insoupçonnées, je demeure toutefois vigilante. Par exemple, je prends garde à ne jamais arborer mon autosatisfaction. Je cache mon jeu. Je voyage incognito. Pour ne pas attirer l’attention. Mais là, c’est raté. Et apparemment ça n’indispose personne.

Alors je les toise les uns après les autres et cherche à accrocher un regard complice, en vain, pour finir par défier avec insistance tous ces fuyards. C’est dingue tout de même, on gît en plein scandale sexuel interplanétaire depuis l’affaire Weinstein qui secoue le monde du cinéma, les révélations nauséabondes se succèdent et rivalisent entre elles en haut de l’échelle du sensationnalisme et là, quand il s’agit de faire preuve d’un minimum d’héroïsme, il n’y a plus personne ! Eh bien, elle est belle, la France !

Dans les yeux que je croise, je lis l’indifférence, l’absence, la distance, certains semblent même s’amuser des circonstances. Ça me révolte. Bon sang, ça ne choque personne ? m’entends-je beugler en mon for intérieur, en cherchant désespérément une âme complice. Non, visiblement non, tout le monde s’en tamponne le coquillage comme dirait mon ancien professeur de physique quantique, par ailleurs féru de minéralogie. J’étouffe. Vite, la prochaine station ! Ouf, un halo de lumière : on approche de la prochaine station. S’il ne décampe pas, c’est moi qui sors. Même si je dois continuer mon chemin. Ouf, il se lève. Je suis sauvée. Mais à l’instant même où je sens l’apaisement m’envahir, une petite voix intérieure m’intime de penser aux autres, à toutes ces femmes que ce malotru indisposera. Mais que faire ? Sans réfléchir, mon instinct le prend en photo avec mon téléphone. Déterminée à lui faire payer cher son regard lourd... de sous-entendus à peine voilés, je me connecte à Twitter. Hashtag créé par la ministre des femmes et dédié aux incivilités dans les transports : #Sors de ces transes, porc ! Je m’apprête à shooter. Avant de poster la photo, je m’assure qu’elle n’est pas floue. Alors j’ouvre ma galerie, sans l’épater. C’est bon, on voit précisément son visage. Tiens, on dirait même qu’il pose. Le cabotin ! Mais tel est pris qui croyait prendre. L’image va circuler et sa réputation sera faite en quelques minutes. Peut-être perdra-t-il même son travail et sa famille !

Connexion établie. Téléchargement en cours. Hop ! Le signal de fermeture des portes du RER retentit. Tout juste le temps de vérifier la fin du transfert du fichier JPEG. Oh ! Quelle horreur ! Je me suis trompée. C’est la photo de mon amoureux que j’ai transmise ! Vite, la supprimer. Oh non ! Plus de réseau à nouveau !

Pourvu qu’il ne l’apprenne pas. Pas de doute, il l’apprendra. C’est à moi de lui dire. Mais comment ? « Mes doigts ont ripé. RIP, mon amour. Je suis désolée, mon cœur. » Je panique. Du calme. Quelques respirations abdominales me soulagent. Hyperventilation. Je dois m’armer de patience et attendre le prochain arrêt.

Un autre homme me fait face. Lui aussi me dévisage. Je n’en peux plus et me retiens de sortir de mes gonds – mes proches m’ont si souvent reproché mes dévergondages que je m’autocensure. Disposée à militer pour la castration chimique des ensorcelés de testostérone. Et c’est à ce moment précis que mon voisin m’adresse la parole, d’une voix doucereuse :
« Excusez-moi, Madame, pourquoi m’observez-vous avec tant d’insistance ? »

(Texte écrit dans le cadre du concours de textes courts Short Edition / RATP, thème "A la prochaine station")

La progression de la maladie de Lyme est-elle due aux polies tiques actuelles ?

 
L’écriture passionnée d’un roman n’aura pas suffi à m’imposer un silence plus long sur ce blog, non, il aura fallu que l’actualité pestilentielle 2017 s’en mêle – les pinceaux – et me chatouille sans discontinuer, étale ses creux sidérants sous une clarté sidérale, s’exhibe avec tant de scandales, de vides, de superficialité, tant de riens. A force de décréter l’hégémonie du centre, on finira par faire l’apologie du milieu. A force de vanter la suprématie des spécialistes du ni oui ni non, d’encourager leur mise En Marche, d’annoncer la naissance d’une nouvelle ère qui dépasserait les vieux clivages, on finira par trouver notre époque bien trop fade pour se taire et s’en satisfaire, l’ère de rien.
 
Alors comme ça, toutes pourries – ces polies tiques ?
 
Un peu de discernement tout de même !
 
Même si toutes demeurent délicates à décrocher et nécessitent l’utilisation d’un outil approprié, d’un crochet, il reste utile d’en faire – un crochet – sur ce guide destiné aux déboussolés des polies tiques actuelles, qui désespèrent à l’idée de voter utile ou se morfondent sur l’utilité de la chose – qu’ils ne parviennent encore moins à joindre à l’agréable. Bref :
  • Tout d’abord, se méfier des plus grosses qui s’accrochent à leur poste de garde, cachées pour mieux vampiriser leurs proies : elles sont gavées de sang contaminé et tombent rarement seules – peu d’entre elles envisagent le droit d'en finir dans la dignité. Si elles se débattent, piquent et génèrent une auréole rouge sur la peau de leurs victimes  –  dont elles veulent la peau, c'est bien connu –, c'est qu'elles sont manifestement infectées de Borrelia.
  • Ensuite, se méfier également de celles qui se déplacent en communauté, en famille et fillonnent nos quartiers, s’employant non fictivement à sauter sur tout ce qui bouge, tout ce qui brille, tout ce qui a l’odeur du sang.
  • Enfin, se méfier de celles qui ouvrent boutique en soldant d’entrée, qui déclarent pour fonds de commerce une fermeture des frontières salvatrice – selon elles –, de ces vieilles frontières censées agir contre la migration des tiques infectées ainsi mises en quarantaine  – toujours selon elles –, mais qui se noient dans les tourbillons du paradoxe suivant : comment peut-on à ce point souhaiter un retour des remparts douaniers et chercher constamment à se dédouaner de ses responsabilités ? Celles-là sont repérables à leurs emplois d’arguments fictifs comme la défense d’un territoire, à un entêtement à montrer leurs limites – les leurs et celles du territoire –, pour mieux régner, pour mieux prospérer en son sein – du territoire, bien sûr – et le gangréner*. *Note : Ne pas accorder de circonstances atténuantes aux blondes.
 
Une fois toutes ces consignes de sécurité respectées, on peut alors continuer de s(e/’é)mouvoir en toute liberté.
 
 

Réseaux neuneuronaux

Il semblerait qu'il vaille désormais mieux être mal accompagné que seul. Dylan nous avait prévenus que les temps changent, ses vers sont bibliques pour les avertis, désenchantés, mais comme il n'a jamais été réseaunable, seules ses notes, déversées, résseaunent dans les oreilles des plus jeunes, des réseaux nés.

Vade Réseaux satana : ce n’est pas un scoop, on n’est plus rien sans réseau ; indétrônable, indispensable, non réseaurbable ; le réseau plie mais ne rompt pas.

Comme dit si bien Verlaine, comme dit Gainsbourg (on ne peut plus rien dire ni écrire qui n’ait déjà été exprimé sur les réseaux), en route mauvaise troupe ! On vit en meutes virtuelles, prisonniers d’un gigantesque parc rézoo logique où on ne sait plus qui observe qui, où est le vice et versa, entre neuneus, joyeux drilles, amers, résignés, déçus de la rue de Réseaulferino, loups dans la bergerie, chevaliers du réseauDiaque, profiteurs ; on est tous prisonniers de l’hyper connexion, avec ou sans bracelet électronique.

Alors, est-ce une fatalité, quelles (ré)solutions pour s’évader du parc réseaux logiques ?

En y jouant avec des inconnus dans une réalité virtuelle augmentée, ces rézonards réels jouant le rôle de l’ordinateur (en référence à une époque où on jouait contre l’ordinateur) investis d’une mission de contrespionnage philanthrope (puisque l’Homme remplace ici la Machine en entrant dedans).

En roulant (sur les réseaux autoroutiers, pas dans la farine), mais en quinconce sinon on se gêne, et là ça redevient rézoogène et nos instincts animaux se réveillent.

En se téléphonant, 2G, 3G, 4G, peu importe tant que j’ai.

En surfant via les réseaux sociaux qui annihilent les distances et superficies, détricotent superficiellement les isolements…et rabibochent les contraires : jamais la solitude et l’agoraphobie virtuelle n’ont été aussi proches.

En profitant des réseaux d’influence pour tirer son épingle du jeu, se positionner, écraser, cliver, exclure par copinage en triomphant parfois de la compétence, du talent et de l’intelligence : combien de chefs d’œuvre dans les cartons et torpillés par les réseaux de pensée unique ?

En s’adonnant à un exercice littéraire sous la contrainte, combinant des allitérations en réseaux, des alitées rations indigestes polluant les réseaux, où, quasi mort alités, on constate qu’ils ont colonisé et maillé les territoires, qu’il n’y a plus qu’eux qui m’aillent.

La solitude autrefois refondatrice est devenue anxiogène. On ne se supporte plus ou alors on s’autopsy. On perd vite en lucidité sans contradiction ou réconfort. On voit « sa » propre vérité donner le « la ». Et comme on a tous besoin des autres, on accepte les raisonnements tout faits, un réseau ne ment jamais. Mais ça n’empêche pas de contester les vérités pétries. On peut rester digne, droit, lucide, refuser les alliances de circonstance, les petits compromis fallacieux et s’imposer comme réseaulution de lancer le premier réseau regroupant ceux qui les snobent.

"Des idéaux recouvrés" (texte soumis au concours Edilivre 48H pour écrire - 22/11/2015)


Comme chaque soir, je suis ensuqué dans le métro, lessivé par une nouvelle journée de travail qui ressemble à s’y confondre avec la précédente. Métro, boulot et je m’apprête à compléter le sempiternel triptyque urbain en broyant du noir, en réalisant à peine que je frise l’indécence tant il y a de chercheurs d’emploi qui aimeraient pouvoir trouver le sommeil.
Pourtant, aujourd’hui n’est pas tout à fait comme les autres jours. C’est vendredi, c’est la fin de la semaine mais, surtout, selon une coutume venue d’Amérique dite « Friday wear », on peut porter un jean au bureau, il faut porter en jean au bureau, j’ai donc un jean. C’est très pratique car je suis en tenue de sortie, pas besoin de retourner chez moi pour me changer, de toute façon une fois rentré chez moi, je n’ai plus la force de mettre le nez dehors, comme si mon corps était pris en otage par une force supérieure et contraint de se diriger lentement mais sûrement vers mon lit.
Je suis donc en tenue décontractée, prêt à festoyer, sauf que je n’ai rien prévu. Mes amis ont leur vie, beaucoup ont fondé une famille, les autres s’épanchent sur facebook en attendant de la fonder, moi je vis seul et facebook ne m’amuse que quand je pense à des fesses de bouc.
J’ai sur moi le Pariscope et un journal, je les feuillette nerveusement, avec obsession. C’est maintenant ou jamais : si je ne trouve rien d’intéressant dans les minutes qui viennent, ce sera reparti pour une soirée solitaire et de blues à la maison. Comme d’habitude, mon premier réflexe : le programme du Bataclan. Bon, il faut dire que j’habite en face alors j’y vais souvent, par facilité, par praticité, mais aussi parce que j’adore le rock, et quoi de mieux que le rock pour combattre le blues ?
On est quel jour déjà ? Ah oui, vendredi 13 novembre. Les collègues m’ont saoulé avec ça aujourd’hui encore, comme chaque fois qu’un vendredi tombe le 13 d’un mois, jour des superstitions et des présages, heureux ou malheureux. L’un s’est fait piquer par une guêpe un vendredi 13 il y a dix ans, l’autre a trouvé une pièce de deux euros un vendredi 13 il y a deux ans, rendez-vous compte, cela suffit à entretenir un mythe. Bon, allez, stop, j’arrête de sombrer en plein cynisme.
Au programme : les Eagles of Death Metal, inconnus au bataillon, selon une expression d’un autre temps où nous étions en guerre. Bof. Sur le coup, je ne me sens pas l’envie de découvrir un nouveau groupe.
A la télé, il y a un match de football. C’est France-Allemagne. Ah, les souvenirs rejaillissent. Séville 1982 et ce match d’anthologie qui a marqué ma jeunesse. J’avais dix ans. Ce match au Stade de France me ferait rêver si le foot n’avait pas changé de monde, transformant des gosses sympa, passionnés, spontanés et intelligemment naïfs en enfants tricheurs et pourris gâtés à qui tout est dû. Je ne regarde plus le foot, le plaisir que me procure un bon match ne suffit plus à compenser le dégoût que m’inspire ce milieu. Et puis je n‘ai pas de bières au frigo, mais ce n’est pas une excuse, je pourrais en acheter sur le chemin. Non, elles ne seraient jamais fraîches à temps.
Je réalise que je suis vraiment noir ce soir, un peu rabat-joie, c’est peut-être parce que je suis seul que je suis miné, ou alors c’est pour cette raison que je suis seul. Suis-je devenu infréquentable ? Où en suis-je ? Je suis las. J’arrive. Station « Filles du Calvaire », je sors là tous les soirs, il faudra que je me renseigne pourquoi cette station s’appelle ainsi. Ces filles ont-elles vécu un calvaire ou tout simplement dans un calvaire ?
Je sors de la bouche du métro, de sa gueule, il fait doux. C’est l’été indien comme chanterait Joe Dassin s’il était toujours là ou l’effet du réchauffement climatique comme hurleraient les écolos si on les entendait. Ça fait du bien en tout cas. Il y a du monde dans la rue, ça s’agite. C’est une invitation à un peu de légèreté. Tout de suite, mes idées sombres se font la malle, je n’ai plus mal nulle part. Allez, il faut que je me remue. Je ne vais tout de même pas me laisser abattre ! Un concert de rock au Bataclan, ça secoue toujours les neurones. Il faut que je dézingue cette torpeur qui me colonise depuis que mes semaines se ressemblent et se succèdent, lisses, vierges d’adrénaline. Et puis, au moins, demain j’aurai une bonne raison d’être fatigué.
A priori, pas besoin de réserver, la notoriété du groupe est quasi-nulle. J’arrive au Bataclan et consigne mon sac et mon PC au vestiaire. Comme je m’y attendais, il n’y a pratiquement pas de queue. Ce n’est pas non plus désert. Ceux qui sont là témoignent d’un public typique de concert rock : des jeunes de corps ou d’esprit, faciles d’accès, rieurs, plus ou moins éméchés. J’échange avec quelques-uns, des mots ou des sourires, une jolie rousse me lance une œillade assez soutenue, c’est revigorant, je retrouve cette magie du concert où on se délecte à l’avance du spectacle qu’on va vivre.
Ça y est, ils arrivent (les rockers). Je les laisse enchaîner quelques morceaux avant de me faire une idée. Je ne vais pas m’emporter comme ça, je résiste, c’est toujours comme ça comme chanteraient les Rita Mitsouko, c’est peut-être un héritage de mon éducation judéo-chrétienne qui me fait culpabiliser et me sentir infidèle à Noir Désir et à Mano Negra chaque fois que j’aime un nouveau groupe de rock ; pourtant j’ai combattu cette éducation si fort que je suis devenu athée (un ami m’a d’ailleurs dit que c’est pour ça que je ne croyais plus en rien). Mais ce n’est bien sûr pas pour cette raison, tout le monde le sait, on est en mal d’idéologie depuis que le capitalisme a tout écrasé avant de péricliter à son tour, montrant ses limites et n’offrant pas d’autre solution que sauver sa peau, individuellement, avec pour leitmotiv de faire le maximum pour faire partie du minimum de nantis.
La jolie rousse me sourit à nouveau. Elle a un regard pétillant, plein de vie. C’est ma chance ! Poil de carotte est magnifique, de nombreux impacts de rousseur ornent son visage subtilement.
Les morceaux se succèdent. C’est pas mal ! Je craignais une tendance métallo, un peu trop hard mais c’est un bon groupe de rock. Les guitares ne saturent pas trop, la voix est rauque et puissante, je ne comprends rien aux paroles (ce qui m’aide à apprécier car, quand je focalise sur les textes, en général c’est que la musique ne me touche pas) et, surtout, la basse est au bon niveau. Une basse trop forte tue un concert, une basse trop basse donne une impression de fouillis de guitares. Autour de moi, l’intensité monte. La magie opère. Du bon rock qui réconcilie avec la vie. Et Poil de carotte me prend la main et m’entraîne dans un pogo prometteur !
Soudain, le trou noir. Des sons improbables, une basse venue d’ailleurs ? Des percussions made in USA ? Non. Des hurlements. Des cris. Une panique généralisée. Des mitraillettes cagoulées, des mitraillettes folles, ces Kalach qui circulaient librement au nez et à la barbe des forces de l’ordre (sans barbe) et dont on s’étonne qu’elles finissent par servir un jour. Des garçons bouchers venus de nulle part. Ce qui les distingue des musulmans : les musulmans croient en Allah, eux ne croient plus en rien. Des fous à lier (je tiens à m’excuser auprès du Groupe « Les innocents » pour le clin d’œil) armés face à nous qui sommes devenus des fous alliés. Les balles sifflent, se perdent, persifflent. La fille avec qui j’avais eu le temps de m’inventer un avenir tombe. Je m’écroule sur elle, d’autres simulent, moi non, je suis réellement anéanti, grièvement touché mais pas par des balles ; si j’en réchappe, Poil de carotte me manquera jusqu’à la fin de mes jours.
Je reprends connaissance. Plusieurs heures ont passé pendant lesquelles j’ai perdu conscience, entré dans une profonde léthargie. On nous évacue.
Tout a été dit sur cette boucherie mais on a peut-être oublié d’évoquer le sursaut créé chez les survivants qui se sentiront à jamais le devoir d’honorer les morts, de vivre aussi pour eux et, puisque l’espoir fait vivre (même s’il ne peut empêcher de mourir sans prévenance), l’espoir régénéré chez ceux qui l’avaient perdu (englués dans les tourbillons de la vie), dont je faisais partie et dont je ne ferai plus jamais partie (par décence), cet espoir de voir un jour le fanatisme éradiqué quand la société sera encore plus juste, cet espoir de voir le peuple à nouveau soudé, solidaire, au-dessus des querelles stériles de bas-étage, l’espoir d’un nouvel idéal de vie, de paix.
Ce matin je me lève, je vais travailler, mais mes semaines ne seront plus comme les précédentes. Je suis bouleversé, j’ai la chair de poule mais je me sens fort, animé d’une force insoupçonnée, investi d’une responsabilité énorme : la défense de notre société sur laquelle on tirait tous à boulets rouges, en amnésiques ou incultes. J’ai retrouvé l’espoir et des fantasmes d’horizons nouveaux, de liesse, d’envies collectives que je défendrai au risque de ma vie, en résistant, comme on savoure des idéaux recouvrés.

Tris électifs

Tris polis aux frontières
Tripoli aux frontières
Tribulations à…
Tribord (changements de Cap trop fréquents : union nationale ou virage extrême ?)

Triangles non rectangles, sans angle (d’attaque) droit, non droits, faux
Triangulaires à venir proportionnelles, anxiogènes, contextuelles, factices
Trigonométrie insultée, diffamée, influencée par
Trinitrotoluène
Tripes en exposition
Trianon ou Bataclan martyrisé par des
Tricards
Trinômes incultes et blasphémateurs aux
Triceps obscènes portant des armes lourdes lors de missions
Tribales (trous de balle faciles à identifier)

Tricolores réflexes (Reflex Fujicolor ?)
Trilogies Kieslowskiennes
Triptyques gaulliens
Three colors (not united), True colors

Trisomie 21
21 avril
COP 21
21 Jump Street (rue qui saute)
Tripotée de VIP à Paris pour combattre la morosité du climat et pour une méga
Tree thérapie, on est tous dans le même bâteau, je suis Paris,
Trimaran sur lequel nos chefs mouillent (l’ancre)
Trifouillent
Tripatouillent
Triturent
Tricotent
Tripotent ?...
Trichent ?...

Triment ??

Triages à l’horizon, Triages à l’oraison (funèbre)
Trier, soit, mais juste le temps de la tempête, en état d'urgence provisoire et
Trimer, surtout maintenir le Cap à bâbord pour
Triompher (sans Arc)

Trivial

L'homme qui accumulait les pépins


Je la connais cette photo mais qu’ont-ils tous à me faire face dans leur uniforme ? Ils me fixent les bras croisés, comme s’ils avaient avalé un parapluie, on dirait que j’ai tué père et mère. Ce n’est pourtant pas eux que j’ai dézingués et ils le savent pertinemment, sinon ils ne m’auraient pas Interpolé, si l’on considère les moyens faramineux qu’ils ont dû employer pour me retrouver.

Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, je n’ai jamais été inquiété pour mes crimes. Je suis toujours passé à travers les mailles d’un filet trop lâche cousu sur-mesure, à l’image du Système que je servais. Tout a commencé le 21 avril 2002. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce jour-là, j’ai pris la démocratie en flagrant délit d’échec. Ce jour-là, nous sommes entrés en guerre idéologique, j’ai compris qu’il me faudrait faire justice moi-même, déclarer la Vendetta ; depuis ce jour-là, il m’incombe d’éliminer les sectaires, les haineux.

Je ne dissimulais pas mes empreintes et n’ai jamais été soupçonné, c’est la preuve irréfutable que le Système me protégeait et cautionnait mes actes ; au contraire, j’abandonnais ostensiblement sur les scènes de crimes un parapluie et un maximum d’empreintes digitales (dans mon métier on ne met pas de gants) étayant ma culpabilité, pour évaluer le degré de confiance qu’on m’accordait et permettre au Système de me débrayer en cas de pépin, comme des salariés pointaient ou présentaient leur badge à l’entrée de l’usine en convoitant la reconnaissance de la hiérarchie. En termes de reconnaissance, dans un milieu où elle ne peut être que silencieuse, la mienne était infinie. Nous nous couvrions l’un l’autre, le Système et moi, nous nous protégions inconditionnellement, prêts à brandir le parapluie nucléaire si l’un de nous deux était en danger. J’ai eu une carrière exceptionnelle, marquée par un soutien indéfectible, ponctuée par une douce retraite dont je jouis paisiblement. Je venais de me ranger des vélos que je ne me lassais pas d’enfourcher pour me perdre en forêt.

C’est sur les quais d’une gare, je ne sais plus laquelle, que j’ai dégainé pour la première fois. Le coup du parapluie, je crois, je ne sais plus précisément. Il faut dire qu’il y en a eu tant d’autres après. Pourtant on se souvient toujours de la première fois, m’ont dit mes collègues nettoyeurs, rencontrés lors de colloques clandestins organisés dans des hôpitaux, nouvelle preuve des largesses du Système à notre égard, puisque les caves des hôpitaux étaient vidées pour l’occasion, pour nous accueillir en leur sein, suscitant nos halètements.

Je tremble, j’ai froid. Ils me remettent une couverture, pourtant j’évoluais sans couverture. Je n’ai jamais ouvert mon parapluie. Soudain j’ai un flash: le poster du film « L.A. Confidential », rapporté d’un voyage en Californie avec mon fils, sur le mur de mon bureau ovale, là où je moulinais ma liste noire selon un modus operandi défiant les règles de la logique ; je n’avais pas d’autre choix, je devais rester imprévisible pour éviter qu’on me savonne la planche. Mes victimes n’étaient pas illustres, il s’agissait d’hommes de l’ombre, mais aussi de femmes (je ne suis pas sexiste), de maillons clé de la chaîne de la haine que j’ai liquidés pour mieux les transvaser dans les rubriques faits divers des mares aux diables des canards locaux.

Mais que cherchent-ils donc ? Ils chuchotent, évoquent mes mémoires, il semble que les rédiger représenterait un danger. Le Système craint la vérité ? La Redoute ? On cherche à me censurer. On appréhende mes révélations. Puisqu’il y a prescription, je les ai entendus prononcer ce mot, prescription, seuls mes aveux leur permettraient de m’écrouer, de ressortir les cadavres du placard, mais je ne suis pas au placard, je suis retraité !

J’étais en forêt avec mon vélo, amorphe, quand ils ont débarqué, tous en uniforme. Tous sauf lui, qui me tend cette photo, il m’observe mollement et tente de m’amadouer avec ses regards de connivence et son tee-shirt « I love L.A. ». On n’apitoie pourtant pas un tueur, ils devraient le savoir. Sur la table, un livre de George Sand, Colomba de Mérimée, le programme TV et des journaux locaux que je feuillette en boucle. Tiens, La Redoute licencie ! A la télé, il y a une rétrospective sur les élections présidentielles de 2002 ! Il y a aussi « L.A. Confidential » ! Les mêmes initiales que sur le tee-shirt du grand tout mou en face de moi ! Il est vraiment mal fagoté celui-là. Il me fixe avec son regard plaintif. Il m’horripile, le voilà qui gémit et qui pleure maintenant ! C’est obscène, finissons-en :

-   C’est fini, coffrez-moi maintenant ! dis-je à bout de forces.

-   Mais non, Papa, tu n’as rien fait de mal, nous sommes à l’Hôpital !

Et l’autre, en blouse blanche, d’abonder sur un ton professoral :

-          Vous n’êtes coupable d’aucun délit, Monsieur, rassurez-vous, ce sont les effets d’Alzheimer.

-          Mais vous êtes ignoble de lui balancer ça ! s’insurge celui qui dit être mon fils.

-          Cela fait partie de la thérapie, répond la blouse blanche, s’il s’en souvient dans dix minutes ce sera un signe intéressant.

Je ne comprends rien à leurs jacasseries mais cette photo me donne du peps. La blouse blanche me regarde alors intensément et me demande :

-          Reconnaissez-vous cette photo ?

-          C’est ton magasin, Papa, tu vendais des parapluies. C’est toi, là, assis derrière le feuillage, dis-moi que tu t’en souviens, je t’en supplie.

-          Mais comment pourrais-je m’en souvenir ? On ne voit pas mon visage sur la photo !

On se moque de moi, personne ne resterait devant son magasin après l’avoir fermé (avec la lumière allumée qui plus est !). Je n’ai pas perdu la tête tout de même !

Je la connais cette photo mais qu’ont-ils tous à me faire face dans leur uniforme ? Ils me fixent les bras croisés, comme s’ils avaient avalé un parapluie, on dirait que j’ai tué père et mère. C’est pourtant impossible puisqu’ils sont toujours vivants. Ils font d’ailleurs de grandes études, je suis si fier d’eux.

Footaises

Texte nominé pour le prix Short Edition - Livres en tête 2015
Livres en tête - Thème : Je me voyais déjà en haut de l'affiche

J’étais tout en haut. A dix-huit ans, mon genou venait de saisir sa chance en marquant un but crucial. L’Equipe me propulsa en une. Avec mon cachet, j’achetai une Porsche qui n’en manquait pas et signai pour un club anglais qui se ruina pour l’occasion. Mon cercle dont j’étais le centre d’intérêt s’élargissait de façon exponentielle : filles qui m’avaient snobé, agents simples et doubles, faux amis gravitaient autour de mon nombril et vivaient à mon crochet de footballeur. Je dépensai tout en deux mois, comme un condamné ou comme si l’argent allait déferler sans se tarir. Sorti de nulle part, de ma cité HLM de Saint-Ouen, j’étais à des années-lumière de mesurer combien la cité nous colle à la peau…
A peine débarqué en Angleterre, mes ligaments croisés me lâchèrent, distendus à jamais, partis en croisades. J’ai tout tenté pour revenir. J’ai même appris l’anglais ; après trois mois, je le parlais mieux que le français. Mais à quoi cela sert-il de parler anglais quand on n’a plus de ligaments ? Mon club me vira sans indemnités. Je l’attaquai en justice…ce qui acheva de me griller dans le milieu : je fus taxé de procédurier (les clubs fuient les taxes).
Je tentai alors de rebondir en division inférieure, mais ce fut une guerre de tranchées entre poilus aigris, dans ce microcosme où les joueurs avaient atteint leurs limites en castagnant dans le dos de l’arbitre. On me fit payer mon statut d’ex professionnel, de nanti : mes chevilles et tibias furent massacrés. J’étais devenu l’homme à abattre.
Après cinq ans de démarches judiciaires judicieusement ralenties, mon avocat me lâcha dès que je ne fus plus en mesure de le payer. Retour à Saint-Ouen. Comme moi, ma Porsche ne vaut plus un clou, cabossée par la vie. Chaque matin, je croise les petites frappes locales, ces mômes qui me toisent depuis que j’ai refusé de faire équipe avec eux. Ils guettent capuchonnés avec un téléphone pour mille euros par jour, maillons du réseau de la dope. Moi, j’ai des principes que je laisse aux autres le soin de piétiner. Je fais ensuite mon crochet quotidien au Dia (mon frigo est trop petit pour stocker). A mon retour, ma mère broie du noir. Hier encore, elle s’était vu hériter d’une partie de ma fortune. Aujourd’hui, elle est ruinée sans avoir eu le temps d’être riche. Elle est dévastée et m’entraîne malgré elle dans sa chute. Je dois sauver ma peau. Je me claquemure alors dans ma chambre et la magie opère : j’écris et les phrases déferlent sous l’effet des endorphines.

Ramdam en mer

Rament, dament la mer
Rament, damnent
Rats à mon grand dam
Rament dames
Rament meutes
Rameutent

Migrent en
mi-grands
misérables
mi-errants
microbes
mioches
miteux
miroitent
miracles

Mitraillettes
Misanthropes
Missionnées
Miradorisées
Mirages
Miasmes

Frontières
Front tiers
Fronds tiers
Front = Hier

Terre des maîtres
Mer des traîtres
Mer des traites
Terre, mots, mètres
Taire maux maîtres

Courage against The Machine

« Respirez, Poussez ! ». Plus d’autre issue possible, ça devenait irrespirable. Il sauta en élastique dans l’obscurité la plus totale. Il s’attendait à une chute vertigineuse mais se cogna rapidement, il n’était pas sous vide même si l’atmosphère semblait protectrice. Ses jambes se dérobaient sous lui mais atténuèrent le choc lors de la collision. Il zigzaguait péniblement dans la pénombre, engoncé, dans un mouchoir de poche, irrémédiablement attiré par ce trou noir dont il ne voyait pas la fin du tunnel, rétracté comme sous l’effet d’une camisole de force. Il était à bout, de course, de souffle, de nerfs mais pas au bout de ses peines. Il n’avançait plus. Le calvaire, le cauchemar des claustrophobes, il était bloqué. « Respirez, Poussez ! ». S’était-il égaré dans une impasse ? Il avait besoin de repères. Aucune information temporelle, il cherchait midi à quatorze heures. « Respirez, Poussez ! ». L’espace d’un instant, une opportunité se présenta. Un plongeon tête en avant pour sortir de l’état de siège, il paraît que c’est mieux ainsi. Démarrage en trombe, d’Eustache – il lui semblait s’être élancé du forum des Halles même si c’était totalement irrationnel -, une impulsion puissante le propulsa, le confronta à de violentes secousses, des perturbations, des trous d’air.

« Respirez, Poussez ! ». Il entendait des voix, des cris plutôt. Personne. Autour de lui, des parois flasques et visqueuses, douces, étouffantes. Il eut l’impression d’arrimer dans une mare sans canard, un trou gorgé d’eau, une piscine dans laquelle il pouvait barboter, patauger, glander. Mais non, manifestement, on en avait décidé autrement. Impossible de tenir en place dans ce parc à attractions multiples : on l’incitait à évacuer le bassin sur-le-champ. Ballotté, baladé, transbahuté d’un stand à l’autre, le voici désormais en haut d’un gigantesque toboggan indoor dans lequel il s’engouffra avant d’être à nouveau coincé. Depuis l’intérieur du tunnel, il percevait plus ou moins nettement des rais, des faisceaux de lumière intense. Deux soucoupes volantes vinrent le tirer d’affaire, le pressant de chaque côté du crâne pour l’attirer vers le bas. « Respirez, Poussez ! ». Toujours ces cris, des hurlements insupportables témoignant d’une douleur ou d’une peur intense, ceux d’une femme à l’agonie qui ne maitrisait plus ses émotions, dépassée par les événements. Et vint la délivrance. Il atterrit sur la table de travail au moment où l’élastique céda. Il s’époumona pour évacuer son trop plein de pression. C’est une fille ! Bienvenue sur Terre, un autre terrain de jeux aux règles encore plus confuses, aux théories du genre, aux trucs dans le genre.

Etre arrivée là pourrait être un aboutissement si l’on considère le parcours du combattant du spermato fécondé, champion d’une tripotée d’autres zigotos, miraculé à l’issue d’une sélection de célestes ions, vainqueur de ce jeu de hasard. On a tous gagné au « Loto » une fois, une fois ne suffit donc pas. On lui donne un prénom mais elle n’a rien demandé, logique, plus tard on lui inculquera qu’il faut du courage et ne jamais réclamer, encore plus tard elle découvrira qu’il faut exiger, de soi-même ; recevoir un prénom ne suffit pas à faire de soi un Homme ou une Femme selon Kipling, pour se faire un nom, sans garantie, une deuxième naissance s’impose, on a tous le choix, le confort au risque de végéter ou l’aventure au risque de se perdre, on a tous le droit à une renaissance, sans royalties pour les François de 1 à N puisque François 1er avait eu un siècle de retard sur ses voisins (comment dès lors le combler si vite, ce retard ?).

Beaucoup s’écroulent dès la naissance, sans doute usés par leurs efforts intra utérins ou in vitro mal gérés et s’embourbent vite dans la glaise terrestre, pris dans les tourbillons de la vie, sans le loisir de dompter ses règles du jeu, sans loisirs, incapables de s’extraire de ces courants trop forts qui finissent par noyer, sans énergie, roués, girouettes, sans énergie vraie, givrés, sans aptitude à saisir les deuxièmes et nièmes chances, sans disposition aux yeux du Système alors qu’ils ne sont qu’indisposés. Les autres gardent en eux des ambitions de vie intactes voire exponentielles, attisées par des forces mystérieuses. Peut-on considérer qu’ils sont protégés par le sort ou par le Système ?

On peut s’abriter derrière son manque d’esprit de compétition pour masquer son manque de compétitivité. On peut taire ses ambitions de peur de connaître ses propres limites. On devient ainsi presqu’au-boutiste, l’adepte de la théorie des « si », le fervent apologiste de ces faillites où on a tous failli, l’ami idéal qui bouffe à tous les râteliers de l’insuffisance. On peut en revanche vouloir sortir du lot et déserter les chemins de la compromission pour ceux de la liberté. Les champs d’expression sont cultivables à l’infini de toutes les cultures et œuvres, on peut être l’Auteur de sa vie et de celle des autres, avec ou sans droits. Et si la vie n’était qu’un jeu démoniaque pour ceux qui auraient le loisir d’en rire ? Naître ou renaître, telle est la question. Elle choisira la renaissance, à défaut de reconnaissance, elle sera Auteure, mènera une vie anti conventionnelle, la plus belle des vies, disposera d’un capital financier atypique et d’un capital santé atopique, elle développera des allergies aux certitudes, en quête permanente de sens, les sens en éveil, elle veillera à ne jamais tomber en panne d’Essence.

Elle jouera avec sa santé en fouillant au plus profond d’elle-même une substance brute qu’elle exhibera après l’avoir sculptée, ciselée, autocensurée pour finir déformée, recalée, en substance. Elle perforera, creusera l’insondable et parfois sa tombe, pour faire son trou. Elle jouera avec le feu, pompier pyromane volontaire au secours de ses proches qu’elle immolera de silences pour mieux s’isoler dans ses écrits, le double jeu au quotidien. Elle finassera, aura des crises de mégalomanie qu’elle soulagera sur des décalcomanies, s’auto-érigera intello quand elle ne s’autoéditera pas, répondra du tac au tac, sans se gratter en surface ni tirer à boulets rouge. Elle prendra de la hauteur, avec ou sans H, ne saisira pas toujours les perches qui lui seront tendues, taillera les mots à la hache, même ceux qui fâchent, sans relâche, elle cravachera.

Elle combattra le Système, ce Système décadent. On élit Scarlett Johansson femme la plus sexy du monde, on vote par SMS pour d’illustres inconnus qui se trémoussent sur des plateaux télé, on démocratise le vulgaire, on le vulgarise, on twitte sur les seins de Rihanna, on parie sur des résultats sportifs, on deale, adeptes du Big Deal, ignorant tout du New Deal, on dealapide en dealettante, on espère gagner au Loto (une nouvelle fois), on aspire à devenir professionnel de football, on oublie que les agents n’y manquent pas d’r.., on table sur un beau mariage, on table sur la multiplication, on espère ferrer la perle rare comme on pêche un poisson à qui on éclate la gueule, on implore la chance, la réussite, des dieux, on peut s’engager pour une cause facile tant qu’elle ne requiert pas trop de temps, tant que ça reste un loisir, tant que ça n’empiète pas trop sur son temps, on aide par intérêt, on attend un retour, sur investissement, qui ne vient jamais, car le retour vient après l’aller devenu pis-aller, on n’investit plus, à charge de revanche, on brigue la richesse immédiate et ses signes extérieurs, les marques, la marque au crocodeal, on consacre toute son énergie à dénicher un terrain fertile en argent facile comme les texans achetaient à l’aveugle des terres qu’ils retournaient dans l’espoir d’en voir jaillir du pétrole, terre à terre, on sert sa cause en premier lieu, on soigne sa com’ mais on parle ça comm’. Dans ce Système, on oscille : on ose puis on cille.

Elle ira au bout des choses, défendra de grandes causes, soutiendra la recherche fondamentale pour que dalle, pour qu’eux dallent (les chercheurs), la lutte contre le cancer pour des clopinettes dont on veut réduire la consommation, représentera les fourmis de l’humanité qui n’ont pas le temps d’aller à la Cigale, tentera de décrocher la Lune, enverra ses manuscrits un peu partout, par monts et par vaux, à vau l’eau, elle essaiera d’attirer la lumière qui jaillira, aussi intense qu’éphémère, lors de concours de beauté sémantique ou thématique, il faudra camoufler ses tics, ses tocs, se faire mousser et rester humble, être appréciée à sa juste valeur, à juste titre, sans être cataloguée, à plus d’un titre. Puis la lumière se retirera pour l’abandonner cramée au milieu de sa terre brûlée d’où elle renaitra de ses cendres, une nouvelle fois.

Obsédée par les lettres, elle persistera, se renouvellera, accélèrera, rétrogradera, se mettra en danger spirituellement, en transe, en nage, libre, en âge, en rage, c’est sûrement ça le courage, prendre des coups et les rendre dans une rage contenue, une rage au cœur. Elle s’assurera de ne pas s’éloigner de ses racines, de résister aux sirènes du sensationnalisme, d’écouter son for intérieur, de conserver sa lucidité, d’harceler les intelligents fainéants, de combattre la facilité, de ne jamais abdiquer face à la fonte des cerveaux, que sa face visible, ses écrits, lui restent fidèles à jamais, comme un iceberg lutterait au milieu d’une mer se réchauffant pour pérenniser le confort de ceux qui lui marchent dessus.
Elle jouera jusqu’au bout sa vie sur les mots.

L’idiot scie (la branche sur laquelle il geint)

L’idiot pose, oppose, se lamente, accuse, dénonce les dérives court-termistes des Politiques qui par cynisme n’engageraient plus aucune action dont le retour sur investissement ne serait immédiatement traduisible dans les urnes des échéances à venir (et qui abuseraient d’analyses d’urnes stériles et autres ECBU en laboratoire), exige du Politique qu’il construise sur le long terme mais dézingue un président qui a misé sur l'éducation pour son absence de résultats court terme, joue au yoyo en votant un coup à gauche, un coup à droite, se girouettise sans réaliser que c’est son propre manque de constance qui condamne l’action politique, alors il geint, "tous pourris", mais est-il déjà arrivé qu’un paquebot change de cap en agitant son gouvernail dans tous les sens ? Par hasard, peut-être. L’idiot ne sait pas voter.

L’idiot mastique la langue française.

L’idiot ne sait pas acheter. Il ne regarde plus que le prix. Plus le prix du produit est bas, plus ses conditions de fabrication fragilisent la condition humaine et s'éloignent de France, plus les chiffres du chômage sont désastreux, plus l'idiot accable les politiques, plus il réduit la marge de manœuvre des politiques républicains de tous bords en leur imposant de tailler dans le socle social pour rétablir la compétitivité du travail en France, plus il a peur pour son emploi, plus il consulte son généraliste, plus il gobe de médicaments et plombe de facto les comptes de la sécurité sociale, plus il paie d'impôts, moins il a d’avantages et d’argent mais, comme il continue d’être obsédé par la consommation, il continue d’acheter. Au prix bas. Alors il s'en remet aux urnes et Marine dans son jus jusqu'à la puanteur.

"Dans le doute, abstiens-toi".

L'Europe veut déGrècer


Alors comme ça l’Europe veut DéGrècer,
Un dernier tour de vis et versa…dans le Pathos,
Vissée sur sa position, vicieuse, viciée,
L’auberge espagnole a élu sa tête de turc,
L’aigle noir a surgi, rigide, crevant le ciel obstinément,
Refusant de faire amende honorable, rongeant son os,
Proposant aux grecs de détaler au lieu d'étaler leurs échéances de remboursement.
Etalant sa suprématie hautaine et austère, sa mainmise sur le Truc.


Ignorer le vote des grecs n'est pas juste anti-démocratique, c'est surtout un danger ultime,
C’est démontrer que le suffrage universel en Europe n’a plus d’utilité,
(Ce serait un comble de ne même plus pouvoir voter utile,)
C’est livrer tout un pays aux extrémismes radicaux ou l'apologie du pouvoir illégitime
C’est condamner tout un pays au prétexte que certains ont triché,
Pourtant les tricheurs n’étaient (et ne sont) pas tous des grecs serviles,
Il suffit de comparer les prix des produits importés en Grèce aujourd’hui avec ceux d’hier,
Pour comprendre que l’engraissage a été et continuera d'être global et sans frontières.


Alors comme ça on peut s’indigner de la division entre flamands et wallons,
Divisions attisées par la rentabilité financière de ces deux grandes régions de Belgique,
Tout en prônant la division entre états membres de l’Europe pour ces mêmes raisons,
On n’est plus à un paradoxe près, c'est le grand Hic...


C’est quoi l'Europe ? C’est assez simple, finalement.

C’est ne pas appliquer aux pays membres la mutualisation des dettes et richesses que chacun de ces pays doit appliquer en son sein, au niveau des Länder, régions et départements…

C’est juste une logique insensée de granularité, de poupées russes sans les russes,

Insensée car au final l'Europe contiendra tout ça et ne ressortira pas plus au moins riche de ces petits arrangements,

Insensée car pendant ce temps-là les autres puissances démographiques travaillent, capitalisent sur leurs richesses et progressent,

Insensée car c'est la porte ouverte à toutes les spéculations et crises identitaires à l'intérieur de l'Europe où des alliances financières vont être recherchées, entre les pays les plus riches et ceux qui se feront démanteler au sein du Big Bazar,

En attendant le coup de Trafalgar


L’Histoire a toujours eu besoin de temps pour juger, comme autiste au présent,
Les grecs seraient-ils en train d’inventer l’Europe équitable en s'irisant ?
Eux qui ont déjà tout inventé, la démocratie, la philo et même la magnanimité
Puisqu’ils ont transformé leur avance pharaonique en une dette colossale inimitée
Envers les philocrates et démosophes que nous sommes.

Meilleurs veules : ne pas mettre là Charlie devant les boeufs

Veules, lâches !
Veulent l’âge des cavernes,
Volent l’âge de raison, à tort,
Volages malgré les interdits,
Violent l’âge canonique (qu’avec un canon ils niquent)
Veaux agités, ne pas mettre là Charlie devant ces bœufs
Violent a giorno la loi,
A vau-l’eau, de bon aloi,

Paradent, dogmes attisent, stigmatisent,
Paradigmes,
Paradent, dînent,
Scélérats dignes,
Les rats dinent, ragotent,
Les rats dotent, radotent, médusent,
Noient le poison.

A l’horizon leurs idéaux s’alignent,
De proche en proche se confondent,
A l’infini se superposent,
Puisque l’infini ment

Charlie ne les as pas attendus pour se faire harakiri,
Flingué avant-hier, Charlie est ressuscité, la passion re-suscitée, c'est l'an zéro.
« Ne pas être anarchiste à seize ans, c'est manquer de cœur,
L'être encore à quarante ans, c'est manquer de jugement »,
Disait (de lui-même) George Bernard Shaw (en cabotinant).
Charlie Hebdo est né il y a quarante ans,
Comme moi, normal, je suis Charlie.

Sans caricaturer, Nul n'est prophète en son pays.

Bris de mots

Auteur
Hauteur
Vautours
Autour

Tours de force
Tours de passe-passe
Drôles de tours
Tour de rôles

Tours de contrôle
Tours du propriétaire
Sans Sollicitude
SS
Servitudes, Solitudes

Energie volée, à vau-l’eau
Energie temps, gitane
Energie fine gin-fizz
Energie vraie, givrée
Energie laide, gilet pare-balles
Energie dantesque, gigantesque
Energie rouée, girouette
Energie ronde, Bordeaux rouge
Rouges gorges, gorges de pigeons

Energie reine
Silence roi
roi
Return on Investment
R.O.I
Air, eau, immédiateté

Merci pour ce moment, soit, mais merci qui ?

Merci aux contribuables pour les délicieux moments passés à l’Elysée dont l’auteure dévoile les morceaux choisis dans ce manuel de cuisine interne où elle partage ses recettes avec des affamés de paperasse qui les goûtent, peut-on d’ailleurs goûter ce truc quand on se nourrit régulièrement de substance littéraire si ce n’est pas de la curiosité mal placée pour érudits en satiété en crise de société, merci donc pour ce moment aux lecteurs de ce machin tiré (sur l’ambulance) à 400 000 exemplaires aujourd’hui rapportant à son auteure, selon les barèmes habituels de l’édition, des droits d’une valeur de 2 € par bouquin vendu environ, montant qui pourrait constituer une marge de manœuvre considérable pour les restos du cœur, sauf que non il faut des dents pour manger (et il faut des pauvres pour ancrer son récit dans le réel), peut-on d’ailleurs dévorer ce livre et mordre dedans à pleines dents sans se les casser, peut-on accepter les conséquences de ce brûlot sans les serrer (les dents, toujours) car à vouloir fragiliser un président déjà très affaibli on condamne tous les citoyens qui ont besoin de ses actions qu’il ne mène pas quand il se justifie pour ses dires en intimité, après tout s’il y a des « sans dents » c’est parce que l’un des deux ment comme un arracheur, ah ce livre véniel et vénal dans la veine des écrits People qu’on s’arrache en têtes de gondoles jusqu’à Venise au moment où beaucoup perdent la tête et pas seulement en France, si la dent qu’il reste à l’auteure (qui a presque tout perdu puisqu’elle avait les dents longues) est dure, est-il envisageable de conserver la dernière des nôtres contre elle, d’exiger plus de discrétion, de l’inviter à ponctuer cette polémique stérile et sans fin (à l’image de cette phrase), ou de l’inciter à se reconvertir vers d’autres thèmes si elle ne sait pas parler entre ses dents ou si elle a la phobie (non administrative) de l’ombre, comme par exemple la publication d’un manuel d’astrologie dédié ascendants ?

La possibilité d’Un autre monde

Le cantonner à ses délires SM, c’est méconnaître son œuvre ou s’auto-satisfaire des vérités des autres car, qu’on le veuille ou non, il suffit de le lire, Houellebecq est un auteur génial de SF...hasard ou coïncidence d’ailleurs, sont-ce les deux lettres distinctives de SM et SF (renvoyant à l’identité sexuelle) qui entretiennent une réputation désastreuse de ses écrits, pornographiques pour les uns, dérangeants pour les autres, parqués dans la collection des pulsions animales, snobés quand ils ne sont pas censurés de la bande FM ? Si Houellebecq est un fervent provocateur en tous genres (Raël, luxures, salves contre l’Islam etc…), il est surtout un artiste cherchant à surprendre à chaque sortie, comme s’il se servait de ses controverses sulfureuses pour dégrafer ces étiquettes qu’on lui colle, comme s’il refusait les carcans, comme s’il exécrait la constance, comme s’il privilégiait le mouvement, la dynamique quelle qu’elle soit, comme s’il préférait le ternissement de son image à un immobilisme de qualité, comme s’il s’amusait à berner son monde, capable et coupable de positions simplistes qui tranchent avec la sagacité de ses textes, qui agacent, goguenard dans un isolement pathétique et autodestructeur, en apparence, dont il faut se méfier c’est bien connu. A la rigueur, on pourrait lui reprocher son nihilisme chronique s’il n’était pas en train de rédiger une constitution en s’identifiant à Rousseau ; Houellebecq est définitivement inclassable, ou alors, totalement mégalo.

« Les parages du vide » est un album majestueux, harmonieux. Il s’écoute d’un trait. C’est un rock littéraire gouleyant à siroter cul sec. Les textes viennent habituellement sur une musique, après la musique, mais Jean-Louis Aubert a fait l’inverse. Inspiré, il a composé sous la contrainte de textes sélectionnés, ses morceaux choisis. Les mélodies d’Aubert sont pourtant simples mais tapent dans le mille, tout s’enchaîne rapidement, comme par magie. L’album forme un tout étrange dont aucun morceau ne ressort. On en sort comme au réveil d’une soirée dont on ne se souvient de pas grand-chose, si ce n'est qu’elle était fantastique, on en sort heureux sans savoir pourquoi, impossible de fredonner un morceau, les neurones embrouillés d’endorphines, à part peut-être « l’enfant et le cerf-volant» pour son crescendo lyrique, l’ensemble étant de qualité égale et maximale, sans temps mort. Que des temps forts. Aubert est un mélodiste talentueux à qui il ne manquait que de grands textes.

Aubert et Houellebecq ou la rencontre improbable, en apparence toujours, l’un s’époumonant pour les enfoirés, l’autre gravitant autour de son nombril, sortent immensément grandis de cette association. On attend la suite. On rêvait réalité, désormais la possibilité d’une île qui serait ronde, où la lune serait blonde, prend du sens, le « sens du combat ».